“ Ce n’est pas que la langue vulgaire ne puisse aussi, du moins en Europe, arriver à s’ennoblir et à toucher aux choses de l’esprit. L’esprit européen, bien plus fécond que l’esprit asiatique, a su animer de nouveau les débris de son analyse, et se créer de nouvelles formes après avoir brisé les formes anciennes. Toutefois, lors même que la langue vulgaire s’est ainsi élevée à la dignité de langue savante et littéraire, la langue ancienne n’en conserve pas moins son caractère sacré. ”
Langue vulgaire
Définition et enjeux
Citations sur “langue vulgaire”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Or on a constaté maintenant que beaucoup de ces locutions et de ces tournures étaient d’un usage courant dans la langue vulgaire. La langue vulgaire elle-même, par un phénomène encore inexpliqué, semble avoir été uniforme dans les divers pays, et il est impossible d’y discerner des dialectes bien marqués. ”
Louis-Victor Flamand-Grétry, Itinéraire historique, géographique… (1835-1840)
“ Adopter la langue vulgaire est tendre à rompre cette unité, parce que d'abord, les peuples ne s'entendraient point entre eux, et qu'ensuite, à la longue des temps, on n'aurait plus de titres de l'antiquité, et la tradition serait perdue ”
Augustin Pellissier, La langue française depuis son origine jusqu'à nos jours… (1866)
“ Par suite, à Rome même, du jour où le latin fut écrit, avait dû commencer cette distinction entre la langue vulgaire et la langue savante. D'abord cette séparation fut à peine sensible; mais la réflexion critique, l'étude des grands écrivains, le culte de la littérature grecque, l'enseignement des règles de la composition et du style furent pour la langue littéraire des causes de perfectionnement qui la séparèrent chaque jour davantage de la langue vulgaire. ”
Ferdinand de Saussure,
Cours de linguistique générale
(1916)
“ Il est vrai que cette évolution ininterrompue nous est souvent voilée par l’attention accordée à la langue littéraire ; celle-ci, comme on le verra p. 267 sv., se superpose à la langue vulgaire, c’est-à-dire à la langue naturelle, et est soumise à d’autres conditions d’existence. Une fois formée, elle reste en général assez stable, et tend à demeurer identique à elle-même ; sa dépendance de l’écriture lui assure des garanties spéciales de conservation. ”
Louis-Eugène Hallberg, Histoire des littératures étrangères… (1879-1880)
“ Dès la fin, du Xe siècle, et jusqu'à l'âge de Pierre le Grand, la langue vulgaire se développe uniquement parmi le peuple, et la langue liturgique, le slavon, est pour ainsi dire la seule écrite. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que la langue vulgaire se perfectionne et produit des oeuvres littéraires dignes de ce nom ”
“ En un mot, soit sous forme de langue sacrée, soit sous forme de langue liturgique, soit sous forme de langue classique, qu’elle se réfugie dans les temples ou dans les écoles, ou dans les uns et les autres, la langue antique, après sa disparition de l’usage vulgaire, n’en reste pas moins l’organe de la religion, de la science, souvent même des rapports civils et politiques, c’est-à-dire de tout ce qui s’élève au-dessus de la sphère des idées ordinaires. ”
Louis Moreau, Joseph de Maistre ; par Louis Moreau (1879)
“ Si l'on accorde quelque apparence à des interprétations de ce genre, écrire, convenons-en, ne sera plus que l'art de donner le change sur ses vrais sentiments. La langue vulgaire se transformera sans le vouloir en un vaste chiffre où les habiles liront seuls ce qu'il est expédient de lire. ”
Ernest Renan,
Histoire générale et système comparé des langues sémitiques…
(1855)
“ L'arabe vulgaire, par exemple, se rapproche beaucoup plus de l'hébreu ou du syriaque que l'arabe littéral. On dirait que les mécanismes plus ou moins savants qui distinguent entre eux les différents dialectes sont des superfétations de luxe auxquelles n'a jamais atteint le vulgaire. Tant il est vrai que, dans un sens général, il n'y a réellement qu'une seule langue sémitique ! ”
Adolphe Granier de Cassagnac,
Histoire des origines de la langue française
(1872)
“ Il fallut parler aux femmes, aux châtelains, aux bourgeois la langue qu'ils comprenaient, c'est-à-dire la langue vulgaire, dite romane; et comme c'est principalement pour les grands seigneurs, qui les protégeaient, que les Troubadours dans le midi et les Trouvaires dans le nord composèrent leurs ouvrages, on est bien obligé de reconnaître que les femmes distinguées exercèrent une influence* aussi utile que décisive sur la culture des dialectes en général, et de la langue française en particulier. ”
Augustin Pellissier, La langue française depuis son origine jusqu'à nos jours… (1866)
“ Faute d'énergie pour la résistance, les érudits se laissent pénétrer et envahir par la langue vulgaire, dont le mélange décolore le latin, lui fait perdre ses caractères originaux, sans que le français ait tiré lui-même le moindre profit du mal qu'il produisait. ”
René de Récy, Revue des Deux Mondes
“ On reconnaît seulement pendant cette phase le double phénomène qui, partout, accompagne l’évolution moderne : la transfusion lente de l’idiome vulgaire dans la langue savante, l’action réflexe du Nord sur le Midi et du Midi sur le Nord, attestée par les continuelles migrations des artistes. ”
Ernest Renan,
Histoire générale et système comparé des langues sémitiques…
(1863)
“ Le développement de la langue est, en quelque sorte, scindé, et se continue désormais suivant deux lignes de plus en plus divergentes, l'idiome vulgaire succédant par un progrès de corruption à l'idiome primitif, comme l'idiome Bavant y a succédé par un progrès de culture. ”
Adolphe Granier de Cassagnac,
Histoire des origines de la langue française
(1872)
“ Partout, dans chaque province de l'ancienne Gaule, la langue vulgaire, la langue du peuple ou des illettrés est désignée habituellement à partir de cette époque par la dénomination de romane ou de roman. Écrire en roman, traduire en roman, cela signifie toujours désormais, au nord comme au midi, à l'est comme à l'ouest, écrire ou traduire en langue vulgaire, ou bien, comme nous dirions aujourd'hui, écrire et traduire en patois. (1) Poëme sur Boëce, vers 91 à 105. — Yoy. l'indication de la note précédente. (2) Trobas en dialecte catalan signifie PoéSies. Yoy. ”
Augustin Dusautoir, Histoire de la paroisse Saint-Denis à Saint-Omer… (1923)
“ La langue parlée par les Français était fragmentée comme leur terre ; et le particularisme du dialecte n'était pas moins intense et vivace que celui de la province et du fief. Depuis l'époque Mérovingienne, le latin vulgaire, langue parlée par les Gallo-Romains, se transforma et devint la langue romane. D'un bout à l'autre du territoire national, les dialectes dont se servaient le peuple et les nobles existaient à côté du latin savant que parlait et écrivait le Clergé ; ils étaient plus harmonieux et plus sonores dans le midi, plus assour- dis et plus contractés dans le nord. ”
Jacques Berriat-Saint-Prix,
Discours prononcé à la séance publique tenue par la Faculté de droit de Paris…
(1845)
“ Qu'importait d'avoir outragé une langue vulgaire, si l'on avait respecté une langue savante? Ils s'attachèrent donc uniquement aux solécismes et rétablirent ainsi entre les élèves (1) Voy. dans les OEuvres de Boileau, édit. ”
Charles Sorel,
De la connoissance des bons livres…
(1671)
“ Qu'il est sans comparaison plus aisé de faire des Vers Grecs & des Vers Latins que des Françoises pour les faire dans quelque degré d'excellence. Ce qui trompe plusieurs à l'abord, c'est que parlant d'une Langue qu'on appelle vulgaire, ils croyent que les compositions de toutes les sortes, y sont d'un artifice vulgaire comme son nom, & que ce qui l'on compose en une Langue ancienne & estrangere, est plus mal-aisé, à cause que cette Langue n'est pas connuë ”
Onésime Reclus,
France, Algérie et colonies
“ Pourvu qu’au lieu de toutes ces langues, dont chacune a sa beauté, il ne se forme pas, comme un sédiment se fait d’alluvions, un patois sans harmonie, sans poésie, sans noblesse, sans flexibilité, sans grâce, une langue franque, un sabir, un papamiento né du concours de tous les commerçants et de tous les marins du Globe ! ”
Honoré Chavée,
Revue de linguistique et de philologie comparée
“ Pour peindre aux yeux les sons des langues indo-européennes, il est indispensable de partir du connu, c’est-à-dire des voyelles françaises et de leurs représentations graphiques. Or, nous savons tous que notre langue possède vingt voyelles. Ce que tous ne savent peut-être pas aussi bien, c’est le classement naturel de ces couleurs de la voix. ”
Louis Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française
“ Il est tout naturel dans notre hypothèse, puisque, ces idiomes, langues littéraires ou patois n’étant que des développements sur différents territoires d’une langue unique, on comprend sans peine qu’ils aient gardé le vocabulaire de cette langue, en le mêlant de quelques autres éléments. Si au contraire on suppose les langues romanes hétérogènes, il faudrait admettre que les langues indigènes ont été pénétrées par le lexique latin, sans pourtant se confondre avec l’idiome qui les envahissait, ni perdre leur individualité. Je l’ai encore entendu soutenir. ”
Henri Grégoire,
Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la…
“ Penserez-vous, m’a-t-on dit, que les Français méridionaux se résoudront facilement à quitter un langage qu’ils chérissent par habitude & par sentiment ? Leurs dialectes, appropriés au génie d’un peuple qui pense vivement & s’exprime de même, ont une syntaxe où l’on rencontre moins d’anomalie que dans notre langue. ”
Edouard Schuré,
Revue des Deux Mondes
“ C’est un habitué des hautes régions qui ne s’adresse qu’à ceux qui veulent l’y suivre, mais dont l’idiome natal est une langue exquise, choisie, étincelante; il la parle comme son langage naturel, avec une aisance parfaite, sans ombre d’apprêt, uniquement occupé à rendre sa pensée. ”
Rodolphe Töpffer,
Premiers voyages en zigzag, ou Excursions d'un pensionnat en vacances dans les cantons suisses et sur le revers italien des Alpes…
(1860)
“ Ils auraient compris que tous leurs efforts pour fixer une langue vont à contre-sens de la vie du style, que les langues fixées sont des langues languissantes et malades, que les langues arrêtées sont des langues mourantes ou mortes. ”
George Bousquet, Revue des Deux Mondes
“ Quand on les contemple avec des yeux habitués aux accens précis et solennels de la plate-bande, de l’arceau roman, de l’ogive, il semble qu’après une langue limpide et claire on entend parler un dialecte barbare et inarticulé. L’esprit ne peut se défendre d’un rapprochement entre ces toits cornus qui se redressent vers le ciel, ces contours bizarres, et les paupières obliques, les figures grimaçantes de ceux qui les ont conçus, sans doute, à leur image. ”
Théophile Lavallée, Géographie illustrée de la France et de ses colonies (18..)
“ C'est en même temps le pays du beau langage, qui est parlé sans accent, avec une admirable pureté, et c'est là que pourrait se révivifier la langue nationale, si les excès du néologisme moderne l'entraînaient jamais à sa perte. ”
Gabriel Tarde, Gabriel Tarde : introduction et pages choisies par ses fils… (1909)
“ Tel est l'idéal que poursuit l'attraction. On peut appeler mort linguistique l'espèce de roideur cadavérique qui saisit une langue parvenue à la dernière phase de son progrès, quand, après s'être étendue le plus possible, elle cherche à se consolider le plus possible, et qu'enfin son dictionnaire, sa grammaire, son orthographe, arrêtés et fixés, ont triomphé de tous les dialectes, de tous les patois, de tous les idiotismes provinciaux ou individuels, de toutes les formes changeantes qui faisaient la souplesse de l'idiome, son accommodation aux besoins nouveaux sans emprunts étrangers. ”
Marie Lebert, Entretiens (1998-2001)
“ Il y aura encore pendant longtemps l'usage de langues différentes et tant mieux pour le droit à la différence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une langue au détriment des autres, donc l'aplanissement culturel. ”
Charles Deplace, Panégyrique de saint Vincent-de-Paul et discours divers
“ Cette langue-là, elle emprunte bien à l’air ses bruits pour frapper l’oreille du corps ; au discours, ses mots pour y incarner ses idées ; mais elle n’a rien de commun avec ce que font penser ou sentir les langues mortelles. Cette langue-là est divine : d’un mot, elle révèle tout un monde ; d’un son, elle nous ravit à la terre ; d’une seule impression, elle nous transporte dans l’infini. ”
Tcheng-Ki-Tong, Revue des Deux Mondes
“ Il existe encore dans notre extrême Orient certaines tribus qui ont été assez complètement séparées du reste du monde pour ne parler qu’une langue de tradition, pure de toute corruption, et qui ne connaissent pas le moyen de l’écrire. Il y a quelques raisons de croire que ces tribus ont dû conserver intactes les racines des mots composant leurs langues et qu’un érudit trouverait dans l’étude de ces idiomes plus d’un rapprochement à faire avec les langues célèbres de l’Orient. ”
Giambattista Vico,
Œuvres complètes de J. Michelet
“ Après la confusion des langues qui était résultée pendant plusieurs siècles de l’invasion des barbares, et dans laquelle les vainqueurs et les vaincus ne pouvaient s’entendre, au milieu de cette vie solitaire où les hommes nourrissaient des haines inextinguibles qu’ils léguaient à leurs descendants, les communications étaient rares et l’indigence du langage vulgaire dut longtemps forcer les hommes à s’exprimer par des gestes ou d’autres signes matériels. ”
Ernest Renan,
L’Avenir de la science
“ Les langues maniées, tourmentées, refaites de main d’homme, comme le français, en portent l’empreinte ineffaçable dans leur manque de flexibilité, leur construction pénible, leur défaut d’harmonie. La langue française, faite par des logiciens, est mille fois moins logique que l’hébreu ou le sanskri, créés par les instincts d’hommes primitifs. ”
Henri Grégoire,
Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la…
“ Ajoutons que la majeure partie des dialectes vulgaires résistent à la traduction, ou n’en promettent que d’infidèles. Si dans notre langue la partie politique est à peine créée, que peut-elle être dans des idiômes dont les uns abondent à la vérité en expressions sentimentales, pour peindre les douces effusions du cœur, mais sont absolument dénués de termes relatifs à la politique ; les autres sont des jargons lourds & grossiers, sans syntaxe déterminée, parce que la langue est toujours la mesure du génie d’un peuple : les mots ne croissent qu’avec la progression si des idées & des besoins. ”
Lucien Adam, Congrès international des Orientalistes… (1874)
“ Vous savez, Messieurs, quel éclat a jeté sur la linguistique la démonstration de cette vérité, aujourd'hui fondamentale, que les idiomes du nord de l'Hindoustan, de la Perse, de l'Arménie et de la presque totalité de l'Europe, sont autant de dialectes d'une langue primitive parlée durant la période préhistorique par des tribus pastorales réunies sur ce plateau élevé qui va, s'inclinant légèrement, des flancs du Balougtan aux bords de la mer Caspienne. ”
Michel Bréal, Revue des Deux Mondes
“ Celui qui, sans motif, valable, sans évidente amélioration, trouble cette continuité de la langue, porte la main sur une tradition, et aliène, pour autant qu’il dépend de lui, une parcelle du patrimoine national. Au contraire, les dialectes sont le vrai laboratoire du linguiste : il s’y meut à l’aise, il s’y instruit à chaque pas ; il peut remonter à la source des locutions, il trace la carte de chaque accident de prononciation. ”
Jules Huret,
Enquête sur l’évolution littéraire
“ On en a des exemples frappants ; il est sûr que l’on arrivera à un certain état stable de la langue qui tiendra à une certaine immobilité dans l’évolution des facteurs psychologiques. Je considère l’évolution des langues comme due à la contrariété qui se produit entre les sons naturels des voyelles et les tons de la voix qui expriment le sentiment suggéré par le mot... ”
George Sand,
Nouvelles Lettres d’un voyageur
“ Ne voit-on pas, d’ailleurs, le miracle se continuer de nos jours ? Plus les sociétés vieillissent, moins les hommes s’entendent, moins ils se comprennent. Et n’a-t-on pas remarqué qu’une foule de dialectes naissaient d’une même langue, au sein d’une même nation ? La langue de notre pays de France, la langue romane, presque aussi harmonieuse que celle des Grecs, au dire des connaisseurs, avait comme elle différents dialectes. Les deux principaux étaient le provençal et le français proprement dit, autrement la langue d’oc et la langue d’oil. ”
Gustave Le Bon,
Psychologie de l’Éducation
“ On nous propose aussi de remplacer le grec et le latin inutiles par des langues vivantes fort utiles. De tels changements peuvent être salutaires, mais comment les réaliser, puisque nous voyons par l’enquête que ce sont précisément les parents qui réclament énergiquement le maintien de l’enseignement des langues anciennes, persuadés, j’imagine, qu’elles constituent pour leurs fils une sorte de noblesse les distinguant du vulgaire. ”
François Lenormant,
La magie chez les Chaldéens et les origines accadiennes…
(1874)
“ A la langue d'un peuple qui a tenu une place capitale parmi les premiers pionniers de la civilisation, qui inventa un système savant d'écriture et établit un florissant empire, nous avons à comparer les idiomes de hordes éparses, barbares et nomades. Aussi ai-je été réellement étonné du nombre de mots qui semblent pareils à ceux des dialectes modernes. Il est vrai qu'ils désignent les objets les plus ordinaires, et que leurs analogues modernes se trouvent généralement dans les dialectes qui ont atteint le plus haut degré de développement. ”
