“ Ce qui est, en effet, essentiel dans le tic, c’est l’état mental qui détermine la production intempestive de cette caricature d’action. Le malade que nous considérons est parfaitement conscient de ce qu’il fait, il sait qu’il ferme les yeux, qu’il tourne la tête, et, quoiqu’il prétende souvent le contraire, ce sont des réflexions, des opérations psychologiques plus ou moins rapides qui déterminent cette conduite absurde. En réalité, ce sont ces opérations mentales qui ont amené l’habitude du tic et qui en constituent la partie essentielle. ”
Tic
Définition et enjeux
Le tic, phénomène de mouvement répétitif et involontaire, a inspiré des réflexions diverses chez les savants et les écrivains. Pierre Janet met en évidence son lien avec l'état mental et la névrose, tandis que Léo Taxil le relie à l'hystérie.
Dickens le présente comme un geste trahissant une tension, et Destutt de Tracy le voit comme une conséquence de l'habitude. Ces interprétations, mêlant médecine, psychologie et littérature, soulignent la complexité du tic, à la fois physiologique et symbolique. Son examen traverse les disciplines, révélant des aspects neurologiques, sociaux et même esthétiques.
Citations sur “tic”
“ Ce qui nuit au sujet, c’est le fait d’être un tiqueur, c’est l’ensemble des phénomènes, des troubles qui accompagnent le tic. Mais l’acte lui-même qui est le tic, les mouvement de la tête, le clignement des yeux ne font pas grand mal. Cette inefficacité du tic est intéressante, elle est à rapprocher de l’inutilité complète des manies mentales et se rattache au trouble général de la volonté chez ces malades. ”
Charles Dickens,
Vie et aventures de Nicolas Nickleby
“ Quand le digne monsieur avait quelque chose sur le cœur de pire encore qu’à l’ordinaire, son tic habituel était de tenir un instant ses yeux presque cachés sous leurs sourcils épais et saillants, puis de les développer avec toute leur vivacité perçante. C’est ce qu’il fit en ce moment ; aussi, en le voyant chercher à comprimer le sourire qui écartait malgré lui ses lèvres minces et serrées, et qui ridait le coin de sa bouche en plis malicieux, elles sentirent toutes deux que, s’il n’avait pas entendu toute leur conversation, il en avait au moins entendu déjà trop. ”
Léo Taxil,
Le diable au xixe siècle
“ Mais ici encore il faut distinguer : tant que le tic sert seulement à accompagner une pensée, à compléter une idée, à accroitre la force d’un argument (comme le tic d’un orateur qui fait toujours le même geste, dans le feu de son discours) , il est voulu, il a sa raison d’être et masque seulement quelquefois la timidité ; mais dès qu’il devient irrésistible et surtout inconscient, dès lors il entre dans la symptomatologie de la névrose, et le tic est alors une des formes frustes de l’hystérie. ”
Antoine-Louis-Claude Destutt de Tracy,
Éléments d’idéologie
“ Cependant si un homme répète continuellement un geste sans expression et sans effet, s’il a un mouvement en apparence absolument involontaire, uniquement convulsif, en un mot ce que l’on appelle un tic, c’est encore le plus souvent un effet de l’habitude. ”
Maxime Du Camp,
L’Enseignement exceptionnel à Paris
“ Les nouveau-venus se reconnaissent promptement ; ils ont un geste, — un tic, — qui est insupportable à voir : constamment ils se foulent les yeux avec les mains, et parfois s’enfoncent les doigts si profondément dans l’orbite qu’ils déplacent le globe de l’œil. ”
“ Un jeune homme, à l’écart, regarde cette scène, d’un œil sec. On n’entend que le tic tac régulier et monotone d’une pendule, sur la corniche de la cheminée de marbre, et les râles de la moribonde. C’est l’agonie. ”
Maurice de Fleury, Manuel pour l'étude des maladies du système nerveux (1904)
“ « Pour un tic des lèvres, on commandera d'ouvrir et de fermer la bouche, de faire la moue, de montrer les dents ; mais surtout on fera parler le malade en lui enjoignant de surveiller sa mimique. La lecture lente, en scandant, la récitation, sont d'une très grande utilité, car elles permettent de donner aux séances un intérêt qui fixe l'attention du sujet ». ”
“ À force d’étudier les types, les visages, les attitudes, les mouvements et jusqu’au tic du corps, ils arrivent à une pénétration qui surprend. Tout un caractère leur est souvent révélé par un pli de la face, par une déviation de ligne, par un indice imperceptible pour tout autre. ”
Adolphe Mazure, Dictionnaire étymologique de la langue française… (1863)
“ Le tic regarde proprement les habitudes du corps, et la manie, les travers de l'esprit. — Malgré l'étymologie allemande (slccken) , proposée en son lieu, entiché peut bien venir de tic; entiché, ayant de la tendance vers un défaut, un vice; on est surtout entiché d'une erreur. Du reste tic pourrait être un mot factice, imitatif. Cf. zucken, tressaillir, et l'angl. ”
Auguste Vigouroux, Responsabilité pénale et folie… (1911)
“ On ne saurait mieux les comparer qu'aux tics nerveux auxquels tant de gens sont sujets ; seulement le tic, au lieu de n'intéresser qu'un muscle ou un petit groupe de muscles, intéresse tout notre être actif. ”
René Crevel, Le Baiser au mort
“ Tic-tac, tic-tac, la pendule bat très fort, et dans sa tête qui s’efforce à ne plus songer, chaque battement est un choc dont elle souffre. Tic-tac, tic-tac, un coup n’est qu’une seconde. La nuit sera interminable. ”
Joseph-Marie-Alfred Beni-Barde, Manuel médical d'hydrothérapie… (1878)
“ Ajoutons enfin que, parfois, le tic s'accompagne d'une véritable chorée laryngée, et que les malades, en même temps qu'ils présentent un contraction involontaire d'une partie de la face, se mettent à pousser un cri aussi involontaire que la contraction faciale elle-même. ”
Charles Nodier,
Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises
“ Tic, maladie de cheval, est une Onomatopée, selon Ménage, parce que le cheval qui a le tic, reproduit ce bruit en frappant de sa tête contre sa mangeoire; et je crois que tic, dans le sens de caprice ou de manie, en est une acception figurée. ”
Henri Hallopeau, Traité élémentaire de pathologie générale… (1884)
“ Presque tous ont un tic, une manie, une habitude : les uns passent des journées entières immobiles dans le coin d'une cour; les autres se promènent sans relâche dans une même allée ou se balancent sur un siège d'une manière uniforme. ”
“ Remarquons seulement pour le moment qu’ils constituent une partie essentielle de la psychologie du tic : le malade n’a pas perdu la conscience personnelle de ce qu’il fait et de ce qu’il pense, mais il semble avoir perdu le sentiment de la liberté et de l’activité volontaire. ”
Léon Daudet,
Souvenirs des milieux littéraires…
“ Ce qui ne l’empêche pas de capter, dans un coin tout petit, tout brillant, de son œil rieur, le décolletage de sa voisine ou le tic du monsieur là-bas au bout. Je crois qu’il préfère le décolletage harmonieux au tic, mais que l’inharmonieux le rend un peu malade. ”
Denis Diderot,
Œuvres complètes de Diderot
“ Que les brins du faisceau ne sont pas restés oisifs, et qu’il y avait dans tout le système une tension violente vers un centre commun. MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE. Si cette tension ou tendance violente dure, si elle devient habituelle ? BORDEU. C’est un tic de l’origine du faisceau ; l’animal est fou, et fou presque sans ressource. MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE. Et pourquoi ? BORDEU. C’est qu’il n’en est pas du tic de l’origine comme du tic d’un des brins. La tête peut bien commander aux pieds, mais non pas le pied à la tête ; l’origine à un des brins, non pas le brin à l’origine. ”
Germaine Acremant,
Ces dames aux chapeaux verts
“ Je me sens pleine de respectueuse tendresse pour Mme Hyacinthe. C’est dommage que, par un tic, ses yeux, à certains moments clignent si vite que ses cils se mettent à ressembler à des mouches en plein vol. ”
P Renier, Manuel de médecine dosimétrique vétérinaire… (1882)
“ On distingue le tic à l'appui, où l'animal prend un point d'appui sur l'objet qu'il serre entre ses dents; le tic en l'air, qui est plus rare et où l'animal porte généralement le nez haut, sans rien saisir avec ses dents ”
Henry Auguste Brölemann, Souvenirs et portraits (1882)
“ Qui ne se sentirait saisi en suivant ce tic-tac qui nous vieillit incessamment, ce tic-tac qui nous conduit vers un but inconnu, qui accompagnera notre dernier moment, et qui ensuite continuera pour d'autres, toujours en avant, toujours au service de l'éternelle pendule, marquant les saisons, le mouvement des mers, le voyage mystérieux des astres dans l'espace. ”
Bachaumont, Rolande, étude parisienne (1873)
“ Parfois, un tic nerveux, un soubresaut involontaire, ramène la lèvre inférieure sur la supérieure, l'oeil clignote, l'arcade sourcilière qui maintient le lorgnon perd sa contraction en se dilatant et le cristal enchâssé d'écaillé tombe sur le gilet blanc. ”
“ Beaucoup de bégaiement, de contorsions de la face, de démarches bizarres chez les enfants sont des perfectionnements de ce genre. Dans un autre groupe, le phénomène mental qui accompagne le tic est un peu différent, le malade se sent poussé à accomplir le mouvement, non pour faire mieux quelque chose, mais pour compenser quelque chose de fâcheux, pour se défendre contre une influence nuisible. Quand les nécessités de la politesse ont contraint Jean, bien malgré lui, à toucher la main d’une femme, il lui faut pour compenser toucher bien vite la main d’un homme. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Il a le tic de remuer toujours les piés. Il veut faire des vers, c’est sa maladie, son tic. Il n’y a peut-être personne qui, examiné de près, ne décelât quelque tic ridicule dans le corps ou dans l’esprit. Wasp a le tic de juger de tout sans avoir jamais rien appris. ”
Gabrielle Réval,
La cruche cassée
(1904)
“ Papa dira : « Voyons cette écriture-là?. Baste! c'est une farce qu'on nous fait ». Et maman?. pourvu qu'elle n'aille pas s'imaginer qu'un fournisseur s'impatiente. Et Charles? et Suzie?. Tic, tic, tic. — Ils ne devineront pas qui leur écrit!. Je ne signerai point mon billet, mais je mettrai tout au bout : « Quelqu'un qui vous aime. » Tic, tic, tic. Les pieds nus ont des fourmis et le petit corps frissonne, la matinée est fraîche, un léger vent d'est court de la fenêtre à la porte, encore tout embaumé d'avoir secoué les sapins des Vosges. ”
Eugène Apert,
Hygiène de l'enfance. L'enfant bien portant…
(1924)
“ Toutefois un caractère essentiel du tic est de pouvoir être quelque temps réprimé par la volonté. Se sentant surveillé, le tiqueur jugule quelque temps son besoin de tiquer; c'est un véritable soulagement pour lui quand il peut ensuite satisfaire son besoin impérieux. ”
A Chatin, Thérapeutique clinique de la syphilis… (1909)
“ C'est rarement la grande névralgie telle qu'elle existe dans le tic douloureux de la face ; ce sont des souffrances sourdes, une sensation de fourmillements, d'engourdissement. Parfois le malade a l'impression bizarre d'un masque, d'une toile d'araignée posée sur un côté de la figure. ”
Emmery Blin, Leçons du mardi à la Salpêtrière… (1889)
“ Toujours est-il que, comme vous le voyez, le mouvement complexe du tic n'est pas absurde en soi ; il est absurde, illogique, parce qu'il s'opère hors de propos, sans motif apparent. L'acte de se gratter se produit alors qu'il n'existe pas de démangeaison, le clignotement a lieu en l'absence de tout corps étranger, etc., etc. — Ajoutons à cela que les mouvements des tics sont brusques, rapides, instantanés, et qu'ils n'ont pas, par exemple, la lenteur des gesticulations choréiques ”
“ C’est là un point auquel il faut toujours songer quand on étudie les spasmes de la faces, en particulier le tic douloureux si souvent en rapport avec des lésions de l’oreille ou des lésions encéphaliques. ”
Maurice de Fleury, Manuel pour l'étude des maladies du système nerveux (1904)
“ La véritable méthode curative du tic nous paraît être le traitement par la rééducation de Brissaud. Voici, d'après Meige et Feindel, les éléments principaux de cette méthode. « D'une façon générale, il s'agit de faire exécuter au tiqueur des exercices appropriés, dans des conditions particulières. « Les exercices en question sont de deux sortes : les uns ont pour but d'apprendre au tiqueur à conserver l'immobilité. Les autres tendent à discipliner tous ses gestes, à remplacer le tic par un mouvement régulier et normal ». ”
Henri Bergson,
Essai sur les données immédiates de la conscience
“ Il faut ajouter que, même dans la région des intensités dites moyennes, alors qu’on traite d’égal à égal avec la sensation représentative, nous en apprécions souvent l’importance en la comparant à une autre qu’elle supplante, ou en tenant compte de la persistance avec laquelle elle revient. Ainsi le tic-tac d’une montre paraît plus sonore pendant la nuit, parce qu’il absorbe sans peine une conscience presque vide de sensations et d’idées. ”
“ Ce mouvement complexe dépend du facial, de l’hypoglosse, du phrénique; il y a là une coordination qui ne peut se comprendre que par l’intervention de l’écorce cérébrale. « Les tics, disait Charcot, reproduisent en les exagérant certains mouvements complexes d’ordre physiologique appliqués à un but. Ce sont, en quelque sorte, des caricatures d’actes, de gestes naturels ». Ce caractère du tic se retrouve dans tous les cas : les tics des paupières, par exemple, les battements, les clignotements sont analogues aux actes déterminés par un corps étranger dans l’œil, par une trop vive lumière. ”
La pratique neurologique (1911)
“ Un tic donné se manifeste par la contraction toujours répétée des mêmes muscles ou de muscles voisins produisant un geste à peu près identique. Pourtant, le tic est d'ordinaire envahissant, et cela de deux façons. D'une part, les muscles voisins y participent de plus en plus, parce que le mouvement se complique, l'acte fonctionnel initial se déformant de plus en plus par exagération : il n'y a pas un tic nouveau, niais un tic plus complexe. ”
Raymond Clauzel,
L’Île des Femmes
“ Cette palette, ou hélice, produit le bourdonnement que vous entendez. Le tic-tac saccadé qui nous martèle l’ouïe, provient du corps même de l’animal, protégé par un corselet rigide, pareil à celui des coléoptères, mais énorme et, dirait-on, métallique. ”
Eugène Apert,
Hygiène de l'enfance. L'enfant bien portant…
(1913)
“ Certaines mauvaises habitudes ont la signification de tics ; ainsi, le léchage des lèvres, le mordillement des lèvres, l'habitude de se ronger les ongles ou onychophagie (Voy. p. 173) , la titillomanie ou habitude de se gratter, la 'trichophagie ou habitude de s'arracher les cheveux et de les manger. La masturbation des tout jeunes enfants est un simple tic. Certains tics sont bruyants : tic de reniflement, de claquement des lèvres ; il y a des tics du larynx, tic de gloussement, tic d'aboiement. ”
Victor Nodet,
Les agnoscies. La cécité psychique en particulier
(1899)
“ Une montre qui ne rappelle rien à sa vue, ni à son toucher, approchée de son oreille, est reconnue au tic-tac. La malade sait s'habiller seule, se boulonner, mais un bouton séparé du vêlement lui étant présenté, elle ne sait pas ce dont il s’agit. ”
La pratique neurologique (1911)
“ Meige recommande aussi d'apprendre aux malades à imiter leur tic ; cette imitation, en dehors des périodes de tic, est généralement très malaisée au début; elle ne s'obtient qu'en analysant, en décomposant le mouvement, en le faisant exécuter par fractions successives : « le jour où le malade est capable d'imiter lui-même, à volonté, son défaut, il lui est beaucoup plus facile de faire les corrections nécessaires pour l'empêcher de se produire ». ”
La pratique neurologique (1911)
“ Il n'y a de tic véritable que quand les sons inarticulés ou articulés sont émis de façon convulsive, brusquement et inopportunément ; on peut généralement retrouver au début la signification logique de, ces émissions bruyantes ou verbales. DIAGNOSTIC Le spasme (tic matériel de Pitres et Cruchet) diffère du tic autant par ses signes objectifs que par sa pathogénie. Pathogéniquement, il est du à une irritation matérielle portant sur le nerf moteur dont dépendent les muscles en jeu ou sur un des points d'un arc réflexe aboutissant à ce nerf et à ces muscles. ”
Jules Vallès,
Les Réfractaires
(1866)
“ Depuis quand Cressot avait-il ce tic ? À quelle époque seulement remontait son origine ? On ne l’a jamais bien su. Un jour, un homme à barbe blanche l’accosta dans un café, et, se jetant dans ses bras, lui dit : « T’en souviens-tu, Ernest, quand nous étions au collège ? C’était en 182... » ”
La pratique neurologique (1911)
“ Le déséquilibre moteur apparaît non seulement dans tous les caractères du tic, dans son inutilité, sa brusquerie, son intensité excessive, sa disproportion avec le geste initial et avec sa cause, mais encore dans tous les troubles moteurs que nous avons décrits comme conséquences de l'état mental des tiqueurs : exagération et brusquerie de tous les actes moteurs, échopraxie, catatonisme, impulsions et obsessions impulsives. ”
Eugène-Hippolyte Triquet, Leçons cliniques sur les maladies de l'oreille… (1863-1866)
“ La chaleur ressentie dans toute l'oreille est nettement accusée par le malade ; et dans le pavillon elle est même sensible aux doigts du médecin explorateur. Il y a peu ou point de douleur, mais plutôt un sentiment de gêne, de pesanteur, et de temps en temps un chatouillement incommode s'y fait aussi sentir. Des bourdonnements se font entendre nuit et jour; ils sont comparés par le malade à une mouche qui vole, au bruit de l'eau que l'on fait bouillir, à une cascade, etc. La surdité est presque complète, et ce n'est qu'en appuyant la montre sur l'oreille que le tic tac est perçu. ”
