“ La nervosité, ou pour mieux dire la neurasthénie moderne, est devenue si vive, l’état des esprits est si cruellement morbide, que les moindres occasions, les plus petits malentendus, poussent aux colères et aux conflits. ”
Nervosité
Définition et enjeux
Citations sur “nervosité”
Congrès international de psychiatrie de neurologie de psychologie et de l assistance aux aliénés, Compte rendu des travaux du 1er Congrès international de psychiatrie… (1908)
“ Plus que jamais nous voyons de toutes parts surgir des opinions, des idées, des découvertes, des erreurs. et tout cet ensemble une fois dans nos esprits y fermente et y bouillonne et la vraie cause de notre nervosité n'est autre que cette révolution dans nos idées, nos sentiments, nos actions. ”
Jane de la Vaudère,
Les Demi-Sexes
(1897)
“ Chez toutes, les premiers mouvements de l’âme sont atténués par une sorte de réserve craintive qui les corrige, les amende, les rend bienséantes, et, chez toutes, sauf de légères nuances, apportées par un tempérament d’une nervosité exceptionnelle, tout se dissimule de même par fierté ou par prudence. ”
Anonyme, Politesse canadienne (1847)
“ Ce qu’il importe de combattre dans vos gestes, c’est la nervosité et la brusquerie. Ayez des gestes modérés, calmes et doux. Ne parlons pas des allures trop libres, qui ne sauraient convenir à des gens bien élevés. ”
Hector Malot,
Le docteur Claude. Tome 1
(1879)
“ Si dur que tu sois, ma tendresse finira bien par te toucher. 4 Et sous ce souffle brûlant sa dureté s'amollissait. C'était là qu'était le danger, alors surtout qu'une de ces rencontres survenait quand' il se trouvait dans une heure de trouble et de malaise. Que fallait-il pour qu'il se laissât toucher ? Un regard peut-être qui frappât le sien ; une intonation, un geste, une attitude. Notre chair a aussi ses souvenirs, qui n'obéissent pas du tout aux mêmes influences que ceux de notre esprit ou de notre cœur. ”
“ XII L’angoisse et la tristesse qui emplissaient ses yeux, si souvent, ses chers yeux, — cette angoisse que rien ne pouvait dissiper et qui se dressait, autrefois, entre nous, comme un lac de ténèbres ; cette tristesse maudite qui surgissait soudain, en vapeur grise, dans ses yeux bleus, à nos heures les plus tendres — l’angoisse et la tristesse, maintenant, sont éteintes. Dès qu’elle m’aperçoit, son regard s’illumine d’une clarté de joie. Son visage s’épanouit, fleurit, se transfigure. ”
Paul Albert, La littérature française au dix-septième siècle (1873)
“ Et ce travail qui suffirait à donner le vertige à la raison la plus ferme, il le poursuit sous l'aiguillon de la douleur, dans les longues heures des nuits sans sommeil, à travers les défaillances du corps, les angoisses et les ravissements de l'âme. Quand ses maux lui laissent quelque répit, il en réveille en lui la sensation, en frappant sur une ceinture garnie de pointes, qui entrent dans sa chair. ”
L' Arioste, Roland furieux (1516)
“ Déliez -moi, d’un air si calme, avec un regard si tranquille, qu’on s’empresse de le délier et de lui passer des vêtements qu’on a eu soin de préparer. Tous s’efforcent d’apaiser la douleur qui s’empare de lui au souvenir de son erreur passée. ”
Alfred de Vigny,
Revue des Deux Mondes
“ Penser que tout ce qui est agitation pour moi, est peut-être souffrance pour cette créature vivante et invisible ; que mes craintes peuvent lui être des douleurs, mes douleurs des angoisses, mes angoisses la mort ! — Quand j’y pense, je n’ose plus remuer ni respirer. J’ai peur de mes idées, je me reproche d’aimer comme de haïr, de crainte d’être émue. — Je me vénère, je me crains comme si j’étais une sainte ! ”
Jules Falret, Études cliniques sur les maladies mentales et nerveuses
“ C’est une anxiété vague et indéterminée qui pèse de tout son poids sur leur esprit et sur leur cœur, qui leur fait apercevoir le monde extérieur sous les couleurs les plus sombres, et leur état intérieur sous un aspect plus sombre encore. ”
Edmond de Goncourt,
Journal des Goncourt
“ Une tristesse noire flotte autour de nous. Le soir nous avons les nerfs si malades, qu'un bruit, qu'une fourchette qui tombe, nous donne un tressaillement par tout le corps, et une impatience presque colère. ”
Gabriel Tarde, Études pénales et sociales (1892)
“ Nerfs, muscles, charpente osseuse, circulation, respiration, tout est modifié profondément par la simple convergence de quelques regards sur un visage. Et remarquons que l'effroi, la crainte, l'espoir, l'admiration, l'amour, ou tout autre sentiment, n'entrent pour rien, essentiellement, clans ce phénomène. C'est une émotion dont le caractère est d'être tout à fait désintéressée. C'est une pure action de présence. Il y a là quelque chose de spécifique. — Allons plus loin : la présence même du groupe intimidant peut n'être pas nécessaire, ou peut cesser de l'être. ”
Antoine-Joseph Jobert, Études sur le système nerveux. Tome 1 (1838)
“ Nous ne pouvons pas connaître davantage ces aberrations nerveuses, la folie, le délire, la colère, la jalousie, et ces mille passions qui agitent le cœur de l'homme, et qui s'enveloppent dans des replis cachés et impénétrables. ”
Théophile Gautier,
Portraits et Souvenirs littéraires
(1875)
“ A ce jeu longtemps soutenu , les nerfs s' irritent , le cerveau s' enflamme , la sensibilité s' exacerbe ; et la névrose arrive avec ses inquiétudes bizarres , ses insomnies hallucinées , ses souffrances indéfinissables , ses caprices morbides , ses dépravations fantasques , ses engouements et ses répugnances sans motif , ses énergies folles et ses prostrations énervées , sa recherche d' excitants et son dégoût pour toute nourriture saine . Nous ne chargeons pas le tableau ; plus d' une mort récente en garantit l' exactitude . ”
Georges Cuvier,
Leçons d'anatomie comparée : t…
(1805)
“ C’est par ces moyens que nous avons le sentiment des choses qui se passent autour de nous : mais le systême nerveux nous procure aussi celui d’un grand nombre de celles qui se passent en nous ; et indépendamment des douleurs internes qui nous avertissent de quelque désordre dans notre organisation, et de l’état désagréable où nous mettent la faim, la soif et la fatigue, c’est par lui que nous ressentons les angoisses de la crainte, les émotions de la pitié, les desirs de l’amour. ”
Paul Hartenberg, Les timides et la timidité (1901)
“ L'émotion est un état complexe de trouble, de confusion, d'embarras, d'hésitation, de crainte, de scrupule, de pudeur, etc., qui présente un tableau plus ou moins rempli et s'accompagne de manifestations plus ou moins marquées, telles que battements de cœur, angoisse, sueur froide, tremblement, rougeur du visage, etc. ”
Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie (5e édition… (1914)
“ Il en est de même chez qui l'impressionnabilité extrême de l'intelligence et de la sensibilité, résultat de la névrose, se traduit par des qualités supérieures d'esprit et de cœur, admirablement employées. ”
Sully Prudhomme,
Œuvres de Sully Prudhomme/Poésies 1865-1866
“ C’est que je les avais dans l’âme Avant de les sentir aux yeux. On a dans l’âme une tendresse Où tremblent toutes les douleurs, Et c’est parfois une caresse Qui trouble, et fait germer les pleurs. ”
Paul Lintier,
Ma pièce
(1916)
“ Elles cachent leur émotion. Mais l’angoisse accuse leurs traits, égratigne leur front, vieillit leur visage. Et puis leurs paupières sont bistrées, leurs yeux inquiets et profonds. Leurs regards n’osent pas se poser comme dans la crainte qu’on y lise l’anxiété et les terreurs dont aucune ne peut se défendre. ”
Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie (5e édition… (1914)
“ L'aspect général des sujets atteints de confusion mentale ressemble dans une certaine mesure à celui des mélancoliques. C'est la même torpeur, la même inertie dans l'état calme, la même agitation factice dans l'état de délire et d'excitation. Toutefois, dans la confusion mentale, l'expression, les traits; l'attitude, la mimique trahissent simplement la lenteur, l'indifférence, l'étonnement, l'hébétude, mais non la tristesse, la douleur ou l'anxiété (voy. fig. 29) . ”
“ Car il est vrai que les émotions comme la peur, l’anxiété, la surprise, donnent une sorte de présence en notre corps, et pour le toucher, qui est, comme on voit, le plus trompeur des sens ; et il est vrai aussi, que nos sens sont remués par le sang et les humeurs de façon à produire des commencements de fantômes, tels que bourdonnements, nappes de couleurs, mouches volantes, fourmillements, salivation, nausées, et autres effets de l’attente passionnée ”
Léon Gozlan,
Les vendanges
(1853)
“ J'ai des jours affreux, où il fait nuit dans mon âme. Mon corps souffre, languit, désespère. Ma tête s'alourdit, mes tempes palpitent, mes yeux se gonflent de larmes, je tremble, j'ai peur. Tout m'enflamme, tout m'indigne. ”
Gérard de Nerval,
Les Filles du feu
“ Mais, pour le cœur profondément épris, l'excès d'émotion contracte pour un instant tous les ressorts de la vie; le trouble est grand, la convulsion est profonde, et la tète se courbe en frémissant comme sons le souffle d'un Dieu. ”
“ DES LARMES Il est nécessaire de rappeler ici que nos émotions consistent en un mouvement tumultueux des muscles, qui peut aller, dans la grande peur, dans la grande colère ou dans l’horreur, jusqu’à l’étranglement. Par contre-coup les mouvements du cœur sont accélérés, et en même temps le cours du sang est troublé par la contraction des muscles qui le chassent en ondes vers les parties molles et en quelque sorte sans défense, qui sont viscères, poumons, cerveau. Il ne faut qu’une surprise, et sans aucun danger, pour produire ces étonnantes révolutions ”
Albert Erlande,
A l'ordre de Dieu
(1924)
“ L'expression de sa physionomie, le timbre de sa voix, son débit trahissent l'ennui, le désespoir morne dans lesquels de trop longues angoisses, l'atmosphère de la maladie plongent les natures vigoureuses. ”
“ L’anxiété d’abord, qui est agitation contenue, avec excitation du cœur, trouble de la respiration, chaleur, froid, sueur ; puis l’emportement, qui est une agitation croissant par ses propres effets, et qui nous conduit à faire selon une violence augmentée, et jusqu’aux limites de nos forces, ce que nous avons une fois commencé, comme frapper, courir, crier ”
Anne Marie Caroline Eugène Hautefeuille, Malheur et sensibilité, par Mme la comtesse Eugène d'Hautefeuille (1859)
“ Les nerfs irrités arrivent à un tel degré de tension et de faiblesse , que le bruit le plus léger fait tressaillir, que la nouvelle la moins importante cause une émotion pénible. Courage, esprit, force, énergie, tout se trouve absorbé par cet état de lutte intérieure , de lutte vraiment horrible. C'est alors que souvent une visite importune vous surprend, et, voulant secouer le malaise causé par la vue d'un être profondément abattu, conteste vos maux et gourmande votre tristesse. ”
Augustin Cabanès, Les Fonctions de la vie (1926)
“ La peur rentre dans cette catégorie de manifestations spontanées ; et tous les symptômes de cette maladie ( car , poussée à un certain degré , la peur est un phénomène morbide ) , tous les symptômes de la peur , tels que les palpitations , l' oppression , la pâleur , le tremblement , etc. , sont ce que nous appelons des mouvements réflexes . Chose singulière , la peur atteint les plus braves comme les plus pusillanimes . Entendons -nous : surprenez quelqu' un par un geste , un cri auquel il ne s' attend pas , il a aussitôt un mouvement de réaction émotionnelle dont il ne peut se défendre . ”
Sergent Lefèvre, Le carnet de campagne du sergent Lefèvre… (1916)
“ Dans cet état, le cerveau ne commande plus ou commande mal, les sens battent la breloque, les impressions se déforment, les sensations s'exaspèrent, une angoisse douloureuse vous étreint sans aucune raison apparente, on voit tout en noir. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Hermann et Dorothée
“ Touchés dès la première nouvelle d’une si grande détresse, nous nous sommes empressés d’envoyer une petite part de notre abondance, afin de réconforter, au moins, quelques-uns de ces infortunés et qu’ils nous apparaissent plus calmes, quand notre pensée se tournera vers leur malheur. Mais ne ravivons point ces pénibles images : la crainte ne se glisse que trop aisément dans les cœurs, accompagnée du souci, qui m’est plus odieux que le mal même. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ C’est la maladie des nerfs qui se traduit par l’inquiétude de tout l’être, par les changemens dénués de cause apparente, les attendrissemens subits et les brusques reprises de soi, l’humeur fantasque, l’instabilité du caractère, le heurt des impressions, l’espèce de continuel déchirement. ”
Paul Sollier,
Le mécanisme des émotions : leçons faites à l'Université nouvelle de Bruxelles…
(1905)
“ Comme je le disais plus haut, c'est, en effet, lorsque l'organe présente un trouble quelconque, ou, après un arrêt, reprend son fonctionnement, que l'on peut le mieux apprécier la conscience que nous avons de ce fonctionnement. Tous les malades atteints de mélancolie au début, de neurasthénie, d'obsessions, de phobies, de dépersonnalisation, de confusion mentale, décrivent de la même façon leurs sensations cérébrales: c'est tantôt une sensation de vide, ou de pesanteut, ou d'engourdissement, de torpeur invincible. ”
Jules Fiaux, Vers la santé et la pleine vie… (1909)
“ Le repos du cœur et de l'esprit, l'interdiction momentanée de tout travail intellectuel, la vie calme et tranquille, exempte d'agitations, de chagrins, préoccupations et soucis, sont en général ce qu'il y a de mieux à prescrire pour neutraliser la cause de nervosisme aigu et chronique. ”
Nathaniel Hawthorne,
Le Livre des merveilles
“ J’en préfère de beaucoup la vue à ces pics élevés qui se gravent dans le cerveau et lui causent une véritable fatigue par la forte et incessante émotion qu’ils y reproduisent chaque jour d’une façon uniforme. ”
Paul-Max Simon, Le monde des rêves (1882)
“ Pour résoudre cette question, nous commencerons par rappeler que, dans l'expression de toutes les passions, de toutes les émotions, certains appareils organiques entrent particulièrement en jeu : pour nous en tenir à une seule espèce d'émotion, dans la crainte, le cœur bat, et lorsque ce sentiment est porté jusqu'à la terreur, la respiration devient haletante, le frisson se fait sentir, la peau s'horripile, etc. ”
Pierre-Maxime Relave, Rodolphe Töpffer : biographie et extraits… (1899)
“ Les signes non permanents sont ceux qui expriment tous les mouvements et toutes les agitations temporaires ou occasionnelles de l'âme, comme le rire, la colère, la tristesse, le mépris, l'étonnement, etc., et que nous embrassons sous le terme général d'affections. ”
Gaston-Henri Niewenglowski, Dictionnaire pratique de médecine et d'hygiène (1921)
“ Du côté de l'état mental dont les troubles sont constants, on observe des modifications de la sensibilité morale et du caractère — émotivité, irritabilité, indocilité, tristesse, mobilité — de l'affaiblissement de l'intelligence, de la perte de la mémoire, des hallucinations de la vue, quelquefois du délire aigu. ”
Émile Verhaeren,
Verhaeren - Poèmes
“ Par seule ardeur de l’âme enfin, toute la chair. Sauvage horreur de soi si mornement sentie ! Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit, Rivent sur nos vouloirs leurs cagoules d’ennui, Et les plongent dans la fièvre ou l’inertie. ”
“ L'état d'épuisement nerveux, où le surmenage et le chagrin l'avaient réduit, le livrait, sans résistance possible, à cette hantise de la folie et de la mort. Toutes les sensations morbides qu'il éprouvait, la fatigue immense à son lever, les bourdonnements, les éblouissements, jusqu'à ses mauvaises digestions et à ses crises de larmes, s'ajoutaient, une à une, comme des preuves certaines du détraquement prochain dont il se croyait menacé. ”
Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie (5e édition… (1914)
“ L'immobilité du corps, la fixité des traits de la face, le silence obstiné trahissent la contention douloureuse de l'intelligence et des affections. Ce n'est pas une douleur qui s'agite, qui se plaint, qui erie, qui pleure, c'est une douleur qui se tait, qui n'a plus de larmes, qui est impassible. ”
Th. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ L’amour de la vie y alterne avec une profonde lassitude, la soif du plaisir avec le dégoût. Joignez à cela des nerfs si impressionnables que ce qui est antipathique à l’homme raffiné leur cause, à eux, une véritable souffrance physique. ”
Ferenc Szápáry, Magnétisme et magnétothérapie (1853)
“ Les sensations et les impressions sont de diverses espèces : celles de la joie et du bien-être dans l'état de santé, celles du chagrin et de l'affliction, de l'âme émue et des passions maîtrisantes, telles que la haine, la colère, la vengeance, l'envie, la jalousie, la malveillance, etc., dans l'état pathologique. ”
Clovis Hesteau de Nuysement, D'autant qu'un Cigne passe.
“ L'esprit captif au joug d'une tremblante ardeur, Remplit veines & nerfs du venin de la crainte, Et croit que ce qu'il voit n'est sinon qu'une feinte, Qui le trouble, le trompe, & l'amene à l'erreur. ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Jeune
“ Mais nous, tous nos sens frémissent quand la crise approche ; le cœur nous manque, nos traits pâlissent, d’inutiles pleurs tombent de nos yeux. Ô honte ! les angoisses nous assiègent au seuil même de la sécurité. ”
Maurice Spronck,
Jacques Bernys
(1892)
“ Tous deux, résignés maintenant à l'inévitable, les nerfs détendus et assoupis, sans colère ni rancune, nous nous parlions avec une tristesse grave, comme si des années, bien des années déjà avaient ridé nos fronts et engourdi nos sens, et que nous nous plaisions à revivre, dans le lointain de notre jeunesse, les illusions éteintes. ”
