“ Ce désir de faire rire, que la raison réprimait auparavant en toi, dans la crainte où tu étais de passer pour bouffon, tu lui donnes carrière ; et après avoir nourri à la comédie ce goût de plaisanterie, tu laisses souvent échapper, dans tes relations avec les autres, même sans y prendre garde, des traits qui font de toi un farceur de profession. ”
Citations sur “amateurisme”
Alain René Le Sage, Le diable boiteux, tome II
“ LA CHEMINÉE B. C'est grand dommage de lier les mains à un si bon ouvrier: et comment peut-on défendre l'amusement, qui est la meilleure chose du monde? Le public aime à être amusé, et il doit avoir la liberté d'acheter ce qui l'amuse.LA CHEMINÉE A. Vous avez raison, et ce goût du public fait les intérêts des auteurs et le profit des libraires; mais voilà ce qui excite l'envie: on crie qu'on ne s'occupe aujourd'hui qu'à écrire des folies, des riens, et qu'on appellera notre siècle le siècle des romans et de la futilité. ”
Denis Diderot,
Paradoxe sur le comédien
(1830)
“ Ainsi un courtisan, un comédien, qui ne peuvent prendre qu’une forme, quelque belle, quelque intéressante qu’elle soit, ne sont que deux mauvais pantins ? LE PREMIERMon dessein n’est pas de calomnier une profession que j’aime et que j’estime ; je parle de celle du comédien. Je serais désolé que mes observations, mal interprétées, attachassent l’ombre du mépris à des hommes d’un talent rare et d’une utilité réelle, aux fléaux du ridicule et du vice, aux prédicateurs les plus éloquents de l’honnêteté et des vertus, à la verge dont l’homme de génie se sert pour châtier les méchants et les fous. ”
Hippolyte Parigot, Le Théâtre d’hier
“ On semble avoir perdu jusqu’à la faculté d’acheter le plaisir esthétique au prix de quelque peine. Tout ce qui n’amuse pas immédiatement et directement, ennuie. Le scandale même nous lasse : on nous en a trop donné. Demanderez-vous au public d’être plus délicat que la plupart de ceux que l’on voit prendre en main la mission de l’éclairer ? Les mots ont perdu leur valeur ; la moindre drôlerie est saluée du nom de chef-d’œuvre ; le parler français n’a pas de terme assez fort pour célébrer les mérites de l’opérette ou de la pantomime. ”
Gustave Planche,
Revue Dramatique. — Les Drames et les Comédies du temps
“ La comédie sans doute ne saurait se passer d’enseignement ; mais l’enseignement sans plaisir, le plaisir sans enseignement, qu’elle ne l’oublie pas, sont deux contre-sens que la raison désavoue. Quand le plaisir est trivial, quand l’enseignement porte sur une idée fausse, la faute est plus grave encore, et c’est malheureusement celle que nous avons eu à signaler. Que la vérité se produise dans une fable ingénieuse et animée, que le théâtre nous offre des personnages, et renonce à la discussion pour l’action, nous ne serons pas avare de louange. ”
Jules Girard, Revue des Deux Mondes
“ « Pour juger un homme, sache comment il se conduit avec autrui. — Il est bon aussi de se taire en présence des puissans. » Un pas de plus, et nous sortons tout à fait de la morale générale, pour retrouver la comédie, alimentée par les travers des hommes et moralisant par la satire : « Tu n’es point habile à parler, mais impuissant à te taire. — Tu n’es point humain, mais malade : tu donnes pour ton plaisir. » Voilà le bavard et le prodigue. Ici et dans quelques autres fragmens, règne le ton modéré qu’adoptera la comédie nouvelle. ”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ Présenter non pas le tableau, mais la caricature de la société dans ses types les plus vulgaires, abêtir le jeu de mots, idéaliser la niaiserie, vulgariser la vulgarité même, s’élever à l’esprit à force de sottise, faire rire sans qu’on sache pourquoi, vivre quelques semaines et toucher de bonnes recettes, telle est l’esthétique, telle est l’ambition du vaudeville. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Il faudrait pour cette critique-là une grande imagination et une grande bonté, je veux dire une faculté d’enthousiasme toujours prête, et puis du goût, qualité rare, même dans les meilleurs, — si bien qu’on n’en parle plus du tout. Ce qui m’indigne tous les jours, c’est de voir mettre sur le même rang un chef-d’œuvre et une turpitude. On exalte les petits et on rabaisse les grands ; rien n’est plus bête ni plus immoral. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Les Bas-bleus
“ Et enchantée de cette idée, bonne tout au plus pour une comédie de société, elle ajoute plus bas : « Il n’est pas de grand talent, de grand personnage plus choyé que l’homme ridicule dont la manie doit occuper et divertir une société entière, toute une réunion de moqueurs... » ”
André Suarès,
Cahiers de la Quinzaine
“ Partout où il passe, il regarde et il juge à sa façon, qui est de rire à demi, moitié plaisir, moitié ironie. Dès le début, avec les voleurs, avec les filles, comme avec les docteurs, il assiste en esprit à toute la comédie et à son propre personnage. ”
“ Puis on en avait composé de nouvelles qu’animait un tout autre esprit, qui n’avaient plus d’autre objet que l’amusement, et qui, se copiant les unes les autres, étaient devenues de plus en plus banales ou avaient cherché leur succès dans de puérils raffinements de forme. ”
Marie-Jean Hérault de Séchelles,
Voyage à Montbard
(1890)
“ Mais voulez-vous augmenter le plaisir, et en même temps être original ? Quand vous aurez un sujet à traiter, n’ouvrez aucun livre, tirez tout de votre tête, ne consultez les auteurs que lorsque vous sentirez que vous ne pouvez plus rien produire de vous-même : c’est ainsi que j’en ai toujours usé. On jouit véritablement par ce moyen quand on lit les auteurs, on se trouve à leur niveau, ou au-dessus d’eux, on les juge, on les devine, on les lit plus vite. ”
Charles Daniel, Alexis Clerc, marin, jésuite et otage de la Commune… (1895)
“ S'il est un spectacle extraordinaire pour nous, qui poussons l'ardeur de l'aventure, la soif de la nouveauté jusqu'à l'horreur de la tradition, c'est, à coup sûr, ce peuple immobile qui en est à la stupide adoration de l'usage quand même il le sent et le reconnaît mauvais. ”
“ Le naturel est changé par l’opinion vulgaire, je veux dire par ce genre de spectacle qui n’est pas confirmé par l’œuvre ; et tel est l’art du comédien, le plus flatteur, le plus facile, le plus faux, et qui veut régir tous les autres. ”
George Sand,
Le Château des désertes
(1854)
“ Je devenais un homme à bonnes fortunes, moi qui détestais ce plat métier, un charlatan pour les esprits sévères qui m'accuseraient de chercher la renommée dans le scandale des aventures, au lieu de la conquérir par le progrès dans mon art. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Les Œuvres et les Hommes
“ Fille de l’individualisme, qui a tout envahi, et de ces mauvaises mœurs, que la Comédie corrige en riant, disent les niais qui aiment le spectacle, la littérature de ce temps, — et il ne faut pas biaiser avec une chose si grave, — a fait une haute position à l’adultère dans l’imagination publique. ”
Marius Michel, La Reliure française
“ Si ces considérations élevées ne les touchent pas, ne voient-ils pas qu’ils abusent de la confiance des amateurs, à qui ils laissent vanter et payer comme une œuvre artistique une production mécanique ? ”
[Recueil factice d'articles de presse concernant Leymada…
“ Que de gens ne font jamais, presque jamais ce qu ils font ! Dans une autre catégorie d artistes, prenez les acteurs, prenez ces messieurs, dames de la Comédie-Française qui, la plupart du temps, jouent sans même savoir leur rôle... Prenez une de nos vedettes du boulevard à la cinquantième représentation d'une pièce, rendez vous compte de la façon dont elle sabote le texte, dont elle sabote sa propre façon de jouer, son propre talent, et comparez avec le jeu toujours égal à lui-même, toujours parfait, des acrobates, des jongleurs... ”
Jonathan Swift,
Les Voyages de Gulliver
(1726)
“ Il ne leur est permis de prendre leurs divertissements qu’en présence d’un maître : par là, ils évitent ces funestes impressions de folie et de vice qui commencent de si bonne heure à corrompre les mœurs et les inclinations de la jeunesse. ”
Henri Béraud,
Le Martyre de l’obèse
“ Ainsi, au théâtre, où les sots prétendent trouver une image de la vie, les gros ne servent qu’à faire rire : une bedaine, messieurs, voilà la dernière ressource de l’amuseur essoufflé. L’action traîne, le public bâille, la critique fronce les sourcils, attendez ! ”
Jacques Lermont, Les cinq nièces de l’oncle Barbe-Bleue
“ Il se mit à rire : — Je représenterai le public à moi tout seul ? — Certainement. Vous sifflerez et vous applaudirez tour à tour. Enfin, vous nous aiderez à écrire et à jouer notre comédie, cette malheureuse comédie que nous ne jouerons jamais si vous ne vous en mêlez. ”
Denis Diderot,
Le neveu de Rameau
(1821)
“ Songez, mademoiselle, qu'il n'y aura que le plus grand talent qui rassure les comédiens de Paris sur les épines qu'ils redoutent de votre commerce; et puis le public, qui semble perdre de jour en jour de son goût pour la tragédie, est d'une difficulté également effrayante et pour les acteurs et pour les auteurs. Rien n'est plus commun que les débuts malheureux. Étudiez-vous, travaillez, acquérez quelque argent; défaites-vous des gros défauts de votre jeu, et puis venez ici voir la scène, et passez les jours et les nuits à vous conformer aux bons modèles. ”
Camille Mélinand, Revue des Deux Mondes
“ Étudions maintenant non plus des actes, mais des mots plaisans; cherchons comment s’y prennent les « professionnels », ceux qui ont pour métier de faire rire, et qui y réussissent. Nous verrons qu’ils s’y prennent tous de la même façon : ils nous présentent des mots qui, d’un côté, sont invraisemblables jusqu’à l’absurde, et de l’autre naturels jusqu’à la naïveté ”
Jean-Jacques Rousseau,
Émile, ou De l’éducation
(1762)
“ Voilà quelque essai du vrai goût dans le choix des loisirs agréables : voilà dans quel esprit on jouit ; tout le reste n’est qu’illusion, chimère, sotte vanité. Quiconque s’écartera de ces règles, quelque riche qu’il puisse être, mangera son or en fumier, & ne connaîtra jamais le prix de la vie. On m’objectera sans doute que de tels amusements sont à la portée de tous les hommes, & qu’on n’a pas besoin d’être riche pour les goûter. ”
P. de Rémusat, Mémoires inédits de Mme de Rémusat
“ Mais, lui répondis-je, en les appliquant à la conduite de la vie, ne seraient-elles pas un peu ce que les règles sont aux ouvrages dramatiques ? elles leur donnent de l’ordre et de la régularité, et ne gênent réellement le génie que lorsqu’il voudrait s’abandonner à des écarts condamnés par le bon goût. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Les affinités électives
“ Mais elle se révolta contre cette découverte, défendit avec chaleur ses petites créations et accusa les hommes de voir tout en grand, et de vouloir convertir un simple amusement en œuvre importante et dispendieuse. ”
“ Vous n’y connaissez rien du tout, m’a-t-elle dit en riant, j’ai un talent charmant ; mais, comme vous dessinez aussi, c’est jalousie de métier. — Nous ne nous entendrons jamais à ce sujet, madame ; vous trouvez vos aquarelles bonnes, je les trouve mauvaises, n’en parlons plus ; parlons d’un sujet à propos duquel nous serons sans doute d’accord. ”
Stéphane Mallarmé,
Divagations
“ Bravoure et tant de qualités en le plaisir précurseur frémi par une présence, tension de cols — quoique souvent repliée et déçue : car le chef-d’œuvre est funeste, il joue, après invitations, sombrement à s’esclaffer pour que du ridicule fulmine au perlage des capotes chimériques en train d’assentiment. ”
Louise de Baulny, Raison d'État, roman, par Yves de Noly… (1890)
“ Cette dernière distraction avait les préférences et c'était merveille de voir combien cette société aristocratique, née pour être amusée, déployait plus d'esprit et de finesse que n'en déploient la plupart des gens qui font métier d'amuser les autres. ”
Prosper Mérimée,
Revue des Deux Mondes
“ Pour moi, j’excuse et je comprends la colère de ces amateurs moroses. Au fond, ce sont des gens très malheureux. On se moque de leurs goûts, qu’on appelle, des manies jusqu’à ce qu’ils deviennent une mode. ”
Henri Delaborde,
Le Salon de 1861
“ Ils ont, entre autres inconvéniens, celui de multiplier à l’infini le nombre des faux connaisseurs, d’entretenir cette habitude ridicule que nous avons prise depuis quelques années de n’attacher de prix qu’à l’écorce des choses, de sens qu’aux combinaisons des couleurs, aux hardiesses, sinon aux impertinences de la touche, aux jactances ou aux subtilités de la pratique. ”
Émile Zola,
Le Naturalisme au théâtre
“ Tout ce public qu’il évoque en imagination, les yeux braqués sur la scène, le jour où l’on jouera son œuvre, l’effare au point qu’il devient imbécile et qu’il se sent glisser aux banalités applaudies. ”
Maurice Vaucaire,
Le Panier d’argenterie
“ Sans te mettre du fard aux joues, Il est certain que tu la joues, Avec combien d’autorité ! Tu te mêles de pantomime, On critique tes gestes lourds, Et, malgré tes yeux de velours, Ton succès est infime, infime. ”
“ N’ont-ils pas mille exemples pour se prouver à eux-mêmes que la fantaisie est souveraine en cette affaire, que l’originalité et la hardiesse peuvent remplacer l’étude, et que l’imprévu, le je ne sais quoi, le tempérament, tiennent lieu de tout aux yeux d’un public ami de l’aventure et d’autant plus facile à duper qu’il affecte plus bruyamment des connaissances spéciales ? Ici, comme ailleurs, chacun rêve un coup d’état et songe à s’imposer de vive force en écrasant le voisin. ”
Friedrich Melchior Grimm,
Correspondance littéraire, philosophique et critique
“ Je ne sens jamais plus vivement la misère de mon métier que lorsque je suis réduit à m’expliquer librement sur les productions de ceux qui ont un rang et de la célébrité dans les lettres. Il me serait bien agréable d’accorder à leurs productions une admiration sans bornes ”
Henri Baudrillart,
Revue des Deux Mondes
“ Il y a là un spectacle digne assurément d’attention, même dans ses côtés les moins sérieux en apparence, et, si l’on peut sourire en un pareil débat de la folle ou puérile vanité de quelques jouteurs, il n’est guère permis de contester l’importance des questions qui les poussent dans l’arène. ”
Mariano José de Larra,
Le Pauvre Petit Causeur
“ Que je fasse une comédie bonne ou mauvaise, si je n’entends rien aux intrigues du théâtre, quand mon produit verra-t-il le jour en public ? Si je n’ai pas là-dedans une paire d’amies, si je ne flatte pas le galant qui les paie, mes pièces n’auront que des ennemis. ”
Armand de Pontmartin,
Revue des Deux Mondes
“ Ce que devient dans tout cela la bêtise humaine, ce que la satire, la comédie et la fantaisie peuvent avoir d’horizon et d’espace, de ressort et de jeu sur ces théâtres de quelques mètres carrés, où jouent des marionnettes de pacotille suspendues à des ficelles de rechange, avons-nous besoin de le redire ? ”
Henri Bernardin de Saint-Pierre, Oeuvres choisies de Bernardin de Saint-Pierre (1836)
“ Nous admirons dans nos livres les travaux des artisans ; mais nos livres nous enlèvent la moitié de notre plaisir, et de la reconnaissance que nous leur devons. Ils nous séparent du peuple, et ils nous trompent en nous montrant les arts avec un grand appareil et de fausses lumières, comme des sujets de théâtre et de lanterne magique. ”
Stéphane Mallarmé,
Divagations
“ Tous, instructifs, avant que grotesques, imitateurs ou devanciers, d’un siècle ils reçoivent, en manière de sacré dépôt et le transmettent à un autre, ce qui précisément n’est pas, ou, si c’était, mieux vaudrait ne pas le savoir ! ”
Sophie Gay,
Physiologie du ridicule
(1833)
“ Eh bien, il n’y avait pas moyen de faire autrement ; et quand vous saurez le fait, vous en conviendrez vous-mêmes. Curieux de connaître la cause d’un effet si bizarre, nous nous penchâmes vers le voisin pour mieux l’entendre. — Vous jouez la comédie, messieurs, continua-t-il ; par conséquent vous devez savoir toutes les contrariétés qu’on éprouve avant d’arriver au jour de la représentation ; on n’avait cependant rien épargné pour celle-ci : vous allez en juger, car tous les costumes que vous voyez, on les a fait venir de Paris. ”
Auguste Blondel, Rodolphe Töpffer, l'écrivain, l'artiste et l'homme (1886)
“ Et il profite de cette transparente allégorie pour fustiger de main de maître tous ces faux amateurs, ces amateurs platoniques, qui ne voudraient pour rien au monde délier les cordons de leur bourse, et ne viennent en aide aux peintres que par de belles phrases sonores et vides. ”
Jack London,
La saoulerie américaine
(1913)
“ J’avais trop à faire : courir, apprendre à me battre, à devenir osé, insolent et vantard. Mon imagination et mon envie de tout connaître me firent un esprit plastique. Les cabarets n’étaient pas la moindre des attractions qui excitaient ma curiosité. ”
Édouard Cavailhon, La fascination magnétique (1882)
“ Là, sans que vous me quittiez des yeux, je ferai, séance tenante, sur des inconnus, TOUTES LES EXPÉRIENCES dans lesquelles on s'obstine à ne voir que compérage et comédie. Je demande seulement à n'expérimenter que sur des jeunes gens, l'impressionnabilité nerveuse, condition nécessaire, s'émoussant avec l'âge. Que vous acceptiez ou non, cette offre loyale me dispensera désormais de répondre aux injures de mes parodistes ou de leurs compères ! ”
