“ Pour nous, qui tendons à un plus grand but, nous condamnons tout délai, tonte pause prématurée dans des applications de cette nature, les regardant comme les pommes d’Atalante auxquelles nous les comparons si souvent. ”
Pause
Définition et enjeux
La pause désigne un moment de suspension ou de repos, qu’il soit temporel, émotionnel ou structurel. Ce concept, abordé par divers auteurs, révèle des dimensions multiples : pour Francis Bacon, elle incarne un frein à l’action, tandis que Charles Dickens la perçoit comme une halte étrange dans la vie.
Dans la musique, Marie Bobillier la définit comme une durée mesurée, et Julien Duquesnois souligne son rôle dans l’articulation des idées. Maurice Grammont, quant à lui, la rattache à la poésie, où elle devient un instrument d’attention. Ces approches, allant de la philosophie à la pédagogie, illustrent une notion à la fois universelle et contextuelle, essentielle à la compréhension des rythmes humains et des langages.
Citations sur “pause”
Charles Dickens,
David Copperfield
“ Quelle étrange pause il semble se faire dans la vie, — comme dans tout ce qui m’entoure de près ou à distance, — lorsque je reste assis dans le calme demi-jour de la chambre, les yeux bleus de ma femme-enfant attachés sur moi, et ses jolis petits doigts s’enlaçant autour de ma main ! ”
Edgar Allan Poe,
Du principe poétique
“ Nous savons qu’il y a des cas d’évanouissement, où toute fonction apparente de vitalité semble cesser entièrement, et où cependant cette cessation n’est, à proprement parler, qu’une pure suspension — une pause momentanée dans l’incompréhensible mécanisme de notre vie. ”
Marie Bobillier, Dictionnaire pratique et historique de la musique
“ Ces valeurs étaient représentées par des traits verticaux occupant un, deux trois ou les quatre interlignes de la portée et représentant respectivement la durée d’une brève, une longue, une longue oblique (de double durée) et la pause finale. De nos jours, la pause équivaut à une mesure et la demi-pause à une blanche, dans la mesure à et mesures plus importantes. ”
Julien Duquesnois, Manuel de l'orateur et du lecteur… (1857)
“ Par ces deux légères pauses je donne plus de clarté et plus d'harmonie à la pensée. Ces repos ont l'avantage, 1° de ne pas fatiguer l'oreille, qui se trouve ne faire qu'un léger travail; 2° de donner le temps à l'intelligence de recevoir toutes les parties de la pensée, de les bien voir, de les bien digérer, et, par conséquent, d'être en état de recevoir celles qui suivent. Ces. repos vous permettent en outre de réparer vos forces au fur et à mesure que vous les perdez, puisqu'ils vous facilitent les moyens de respirer souvent et d'avoir, ainsi, vos poumons toujours prêts à agir. ”
Édouard Mennechet, Études sur la lecture à haute voix (1855)
“ Après l'art des intonations justes vient celui des silences motivés. La musique a ses pauses et ses soupirs ; la parole a ses repos et ses temps, Disons d'abord ce que nous entendons par repos dans la diction. Les pauses. ou repos sont ces instants d'interruption de la parole, au moyen desquels le lecteur ou l'orateur marque les divisions et la fin des phrases, afin de les faire mieux comprendre. Ces repos sont de deux sortes : les uns sont indispensables à la clarté de la diction, les autres sont un artifice pour donner dans certains cas plus d'autorité aux paroles. ”
Maurice Grammont, Petit Traité de versification française
“ Tout se réduit à ceci : tandis que dans les vers ordinaires on laisse tomber la voix à la fin de chaque vers, la voix reste soutenue et suspendue à la fin de ceux qui enjambent ; par là est éveillée l’attention de l’auditeur, qui reste dans l’attente tant que dure la pause ; puis comme la voix n’a pas baissé, elle doit, pour le rejet, augmenter d’intensité ou changer d’intonation. Les bons enjambements. — Il résulte de là que l’enjambement ne doit être employé que rarement, et seulement quand le poète éprouve le besoin de produire un effet puissant ”
Han Ryner,
Le Massacre des Amazones
“ Toute ponctuation, virgule ou autre, marque un repos de l'esprit, un temps d'arrêt plus ou moins long, une idée qui est finie ou suspendue, et qu'on sépare par un signe de celle qui suit. Tu supprimes ces repos, ces intervalles; tu écris comme l'eau coule, comme la flèche vole. ”
Léon Pamphile LeMay, Ma pendule
“ Comme si j’allais voir, en bandes affolées, Remonter du néant mes heures envolées. Ah ! c’est qu’elle a sonné, d’une joyeuse voix, Le réveil de mes jours dans une humble demeure, Et qu’elle va bientôt sonner ma dernière heure ! ”
Jean Féron,
L’aveugle de Saint-Eustache
“ Il me semble à présent que ce silence a duré plusieurs heures, longtemps, longtemps. Et encore, comme tout à coup la même voix dure et impérieuse a frappé mes oreilles. Mais ce fut court cette fois... et le même silence s’est fait. À propos, quelle heure peut-il bien être ? ”
Samuel Richardson,
Histoire de Miss Clarisse Harlove
“ Il faut que je t’écrive à mon réveil. J’ai passé une très-fâcheuse nuit, et je ne connais plus le repos. Après un sommeil mille fois interrompu, je viens de me réveiller, dans l’effroi d’un maudit songe. ”
Caroline Rémy,
Vers la lumière... impressions vécues
“ Avez-vous observé la furieuse attente de la foule, penchée vers l’huis du toril ? Il y a de tout là-dedans : quelque effroi, du désir, un âpre besoin d’émotion, de l’intérêt, de la curiosité, de la fièvre, un élan éperdu vers des péripéties nouvelles. Ainsi étaient les auditeurs aujourd’hui. Soudain, tourne le battant... Des « Chut ! » impératifs, une ondulation dans les rangs, puis le silence — un silence inouï ! Sur le seuil, comme ivre de lumière après tant de ténèbres, l’homme s’est arrêté, oscille, dirait-on, sous le trop lourd poids d’une joie écrasante. ”
Louis Destrac, Discours pour la bénédiction de la cloche de Fargues… (1862)
“ La cloche sonne 1 Avec quelle rapidité le son fugitif en est venu frapper mon oreille ! Avec quelle rapidité il s'est enfui et perdu dans les airs. C'est l'image de la vie ; elle s'écoule avec non moins de vitesse ; c'est avec la même rapidité que tout passe ici-bas : biens, richesses, distinctions, plaisirs, santé; tout cela n'est que fumée, que son. Quelle folie donc d'y attacher ses affections! Quelle folie de ne pas employer utilement le temps qui passe si vite et qui pourtant est le prix de l'éternité. 0 mon Dieu ! c'est à votre gloire que nous consacrons cet airain retentissant. ”
Léon Valéry, Heures sanglantes... (1897)
“ Mais lorsque, après ces jours de mort et de tristesse, La nature sourit et sort de son sommeil, Parmi ses favoris, c'est toi que sa tendresse Choisit pour annoncer, dans un chant d'allégresse, L'heure de son réveil!... ”
Évariste de Parny,
À MA BOUTEILLE
“ Et lorsque la main du sommeil Fermera ma triste paupière, Ô Dieux, reculez mon réveil ! Qu’à pas lents l’aurore s’avance Pour ouvrir les portes du jour : Esclaves, gardez le silence, Et laissez dormir mon amour. ”
Edmond Robert, Petits mystères du quartier latin (1860)
“ Il a le mouvement, l'entrain, l'imprévu, l'émotion des rencontres, la gaîté des incidents, et pour tous, danseurs, promeneurs, philosophes, — on en voit -, c'est un passe-temps, une heure de repos au milieu du bruit, de solitude volontaire en pleine foule. ”
Charles Morice, La Littérature de tout à l’heure
“ Ainsi, dans le calme silence des nuils, aux heures où le bruit que fait en oscillant le balancier de la pendule est mille fois plus redoutable que le tonnerre, aux heures où les rayons célestes touchent et caressent à nu l’âme toute vive, où la conscience a une voix, où le poète entend distinctement la danse des rhythmes dégagés de leur ridicule enveloppe de mots, à ces heures de recueillement douloureuses et douces, souvent, oh ! ”
Alexandre Chaponnier, La physiologie des gens du monde… (1829)
“ Le savant erre dans les jardins, où la promenade offre à son esprit fatigué les charmes d'une agréable distraction et le calme d'un repos salutaire. Aux orages des passions, aux tourments de l'ambition, aux fatigues dès affaires, aux troubles des révolutions, succède le repos, objet des vœux formés par le sage. ”
Charles Maire, Rimes d'automne (1892)
“ C'est là que nous lisons notre dernière page, Plongés dans le silence et le recueillement, Pendant que le jeune homme, ignorant leur langage, Y vient chercher l'objet d'un divertissement, Car pour lui ce n'est qu'un décor de paysage, Qu'un bonsoir qui promet un autre lendemain, Qu'une invite au sommeil préparant au matin Un réveil tout rempli d'ardeur et de courage. ”
Gustave Grandpré, L'abbaye de la Trappe , par Gustave Grandpré… (1827)
“ Quel morne silence ! quel calme profond ! La nuit étend son sceptre de plomb sur l'univers endormi ; tout repose et se tait, la nature sommeille; la vie est suspendue, et ce triste anéantissement, présage du repos éternel, n'en est pourtant qu'une faible image. ”
Rocaresco, Légendes et doïnes roumaines, imitées de M. B. Alexandri… (1864)
“ Mais de ce sommeil apaisant Qui fait oublier toute peine, Une heure entière a-t-il à peine Goûté le calme bienfaisant, Qu'en sursaut soudain il se lève, Et vers les travailleurs courant, L'air effaré, l'œil fulgurant ”
Alphonse Gratry,
Les Sources
(1907)
“ Que le repos du soir soit un commerce d’esprit et d’âme, un effort commun vers le vrai par quelque facile étude des sciences, vers le beau par les arts, vers l’amour de Dieu et des hommes par la prière ; donnez des germes de lumière, et de saintes émotions au sommeil qui va survenir et où Dieu même les cultivera dans l’âme de son fils endormi. ”
G d Aigny, Récit d'un soldat. Ma première campagne… (1872)
“ Quel plaisir d'errer seul par une belle nuit, Lorsque le grand silence a remplacé le bruit, Quand le pâtre attardé regagne sa demeure, Que du repos enfin la cloche a sonné l'heure, Et qu'à travers le bois, sur la route voûté, Filtre discrètement un rayon argenté ! ”
Victor Kinon, L’Âme des saisons
“ Est-ce le rêve ou le réveil ? On ne sait pas, mais l'heure est douce. Faites silence, les rancunes ! Mon âme est comme un clair de lune, Faites silence, les rancœurs ! Les anges dorment dans mon cœur. ”
Henri-Sébastien Blaze, Julien, ou Le prêtre.. Partie 2 (1805)
“ Lorsque , dans le silence de la nuit, vous cherchez vainement sur votre oreiller, un repos qui fuit le crime, ne vous effre-t-elle pas l'infortunée, qui, loin de vous, arrose de ses larmes , la couche nuptiale, tant de fois témoin de votre ardeur? ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 21
“ Si vous cherchez du repos en cette vie, comment arriverez-vous un jour au repos éternel? Préparez-vous, non à beaucoup de repos, mais à une longue patience. Cherchez la vraie paix, non sur la terre, mais dans le ciel; non parmi les hommes et les autres créatures, mais en Dieu seul. ”
Robert de Bonnières, Revue des Deux Mondes
“ Nous vous laisserons seuls, ajouta-t-il en rappelant d’un signe son fils aîné qui veillait le mourant. Aucun bruit ne vous troublera. Le soleil de midi darde déjà au-dessus de nos têtes. C’est l’heure de la lumière et du silence, l’heure où tout s’apaise, l’heure heureuse où tout s’endort. ”
Albert Lozeau, Le Miroir des jours (1912)
“ Dont le feu pâle est sous l’haleine vacillant. Les Visions du soir, cortèges angéliques, Chantent, dans la douceur de l’heure qui s’éteint, Avec des voix de ciel, d’adorables cantiques Qui font battre le cœur d’émoi jusqu’au matin... ”
Edmond Courbaud, Revue des Deux Mondes
“ Je m’éveille quand je puis, d’habitude vers six heures, quelquefois plus tôt, rarement plus tard. Je tiens mes fenêtres fermées, car le silence et les ténèbres animent mon esprit, qui, n’étant point distrait, demeure libre et tout entier à ma disposition... ”
Albert Laberge,
Quand chantait la cigale
“ Dans les ténèbres, dans le silence, cette main se dresse, se tend, s’élance dirait-on, vers une lointaine étoile au fond du firmament. Pendant des heures, le geste vain, inutile, se répète inlassablement. ”
Émile Verhaeren,
Les Heures du soir
“ Aussi, quand l’heure vient de la nuit blême, Où tu te cèles en toi-même En refermant les yeux, Sens-tu mon doux regard dévotieux, Plus humble et long qu’une prière, Remercier le tien sous tes closes paupières. ”
Rodolphe Töpffer,
Nouvelles genevoises
(1880)
“ Cette vie intérieure a son charme et son amertume. Si ces songes sont doux, le réveil est triste, sombre; l'âme rentre dans la réalité, ayant fatigué ou perdu son ressort. Aussi, incapable après ces heures de reprendre mon travail, et non moins incapable de faire renaître les songes, je quittais ma demeure pour aller au dehors promener mon ennui. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Faust
“ Tout doit te manquer, tu dois manquer de tout ! Voilà l’éternel refrain qui tinte aux oreilles de chacun de nous, et ce que, toute notre vie, chaque heure nous répète d’une voix cassée. C’est avec effroi que le matin je me réveille ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Le repos est le frère du silence, dit le père Gratry; nous manquons de repos comme de silence. Nous sommes stériles faute de repos plus encore que faute de travail... Je ne connais qu’un seul moyen de vrai repos dont nous ayons quelque peu conservé l’usage, ou plutôt l’abus : c’est la musique. ”
Paul Duplessis,
Les Étapes d'un volontaire
(1854)
“ D’ici jusqu’à demain, c’est-à-dire jusqu’à l’instant de mon départ, je ne vous quitterai donc pas d’une minute... Je verrai ensuite, au dernier moment, à trouver, s’il le faut, un moyen de m’assurer de votre silence... ”
Victor Hugo,
Les Contemplations
“ Qui, tel qu’un voyageur qui part de grand matin, Se réveille, l’esprit rempli de rêverie, Et dès l’aube du jour se met à lire et prie ! À mesure qu’il lit, le jour vient lentement Et se fait dans son âme ainsi qu’au firmament. ”
Alexandre Dumas,
La San-Felice, Tome 09, Emma Lyonna…
“ J'apprécie ensuite ce que Votre Éminence me dit à l'endroit de sa démission et de son désir de repos. Mieux que personne, je sais combien la tranquillité est chose désirable, et combien ce calme devient précieux après avoir vécu au milieu des agitations et de l'ingratitude que porte avec soi le bien que l'on fait. ”
Oscar Vladislas de Lubicz- Milosz, Poèmes 1895-1927
“ La pensée ressaisie à peine par la chair, déjà, Déjà ce vieux bruit sourd, hivernal de la vie Du cœur froid de la terre monte, monte vers le mien. C’est le premier tombereau du matin, le premier tombereau Du matin. ”
Mary Elizabeth Braddon,
Rupert Godwin. Tome 1
(1879)
“ Avec un grand nombre de mes secrets en la possession d'un homme comme celui-ci, comment pourrai-je jamais connaître le repos ? Puis, après un temps d'arrêt, il murmura : – Le repos..... le repos !.... Quand ai-je connu le repos, depuis..... Un gémissement seul termina cette phrase interrompue. ”
“ La chanson des mélancolies : Souviens-toi, je la dus porter Où sont les montres abolies. Silence et du silence, écoute : Du silence ! La nuit descend Et dans le ciel noir on pressent La lune sur sa blanche route. ”
M. Paul Riant, Le Tour du monde
“ Au bout de trois quarts d’heure, la même servante nous fait monter dans les mansardes, ou deux lits et du thé nous attendent. La fatigue nous fait profiter sans réflexion de cette silencieuse hospitalité. ”
Baron George Gordon Byron Byron, Œuvres complètes de lord Byron…
“ Ils passent rapidement; mais dans cette heure d'un calme fugitif, ils nous communiquent assez d'inspirations célestes pour nous donner la force de supporter la fatigue et l'ennui des autres heures du jour, et pour mêler à nos souffrances un souvenir agréable et rêveur. ”
“ Qui s’écoule avec un bruit doux et régulier. C’est l’heure où je m’en vais et voici que tu pleures, Exactitude atroce et fatale des heures !... Écoute glisser l’heure en un glissement doux : Je t’aime, tu le sais et c’en est fait de nous. Que le sable d’argent est doux sous le soleil ! ”
Émile Verhaeren,
Les Heures du soir
“ C’est la bonne heure, où la lampe s’allume : Tout est si calme et consolant, ce soir, Et le silence est tel, que l’on entendrait choir Des plumes. C’est la bonne heure où, doucement, S’en vient la bien-aimée, Comme la brise ou la fumée, Tout doucement, tout lentement. Elle ne dit rien d’abord — et je l’écoute ; Et son âme, que j’entends toute, Je la surprends luire et jaillir Et je la baise sur ses yeux.C’est la bonne heure, où la lampe s’allume, Où les aveux De s’être aimés le jour durant, Du fond du cœur profond, mais transparent, S’exhument. Et l’on se dit les simples choses : ”
“ Voilà pourquoi, le soir, je tressaille toujours. Voilà pourquoi j’ai mal, voilà pourquoi je doute, Quand, pleurant sur mon cœur qui se fait vieux, j’écoute La retraite passer le long des noirs faubourgs. ”
Sophie Gay,
Un mariage sous l’empire
(1832)
“ Passer ainsi la nuit, dit-il d’un ton amer, sans prendre un moment de repos ! il faut que votre esprit soit cruellement agité. Je serais fâché que mon retour fût cause d’une si cruelle insomnie ; cependant j’ai cru devoir m’expliquer avec vous à ce sujet. ”
Victor de Laprade,
Odes et Poèmes
“ Contre le repos Va ! marche au but suprême où marche toute chose : Vois, d’un souffle divin l’espace est tourmenté ; Quel globe est endormi ? quel astre se repose ? Toi seul tu prétendrais à l’immortalité ! ”
