“ Telle est l’histoire de cet évanouissement que la réaction bonapartiste me reprocha beaucoup et qui en réalité fut dû à l’étrange délabrement où m’avaient mis soixante-quinze heures de surmenage passées sans nourriture et sans sommeil. Les forces humaines ont des limites ”
Délabrement
Définition et enjeux
Citations sur “délabrement”
Pierre Loti,
Les Derniers Jours de Pékin
“ Pékin, ville de découpures et de dorures, ville où tout est griffu et cornu, Pékin, les jours de sécheresse, de vent et de soleil, fait illusion encore, retrouve un peu de sa splendeur, dans cette poussière éternelle de ses steppes et de ses ruines, dans ce voile qui masque alors le délabrement de ses rues et la pouillerie de ses foules. ”
Charles-Louis Philippe,
La mère et l'enfant
“ Elle laisse derrière elle les champs, les gares et les villages; elle n'est plus à mon côté, car notre imagination devance la douleur. Pendant que mon âme habite le lycée où nous allons, ton âme habite la maison que j'ai quittée. Tu sens que les murs seront davantage des murs, que les chaises ne seront plus que des chaises et que le lit où je couchais s'étendra, vaste et vide comme une âme en peine. Tu sens que ta vie se heurtera aux murs et s'ennuiera sur les chaises parce que le lit est vide et parce que les choses sont des êtres qui se répondent. ”
“ Partout, d'épais rideaux tendus devant les fenêtres, des portes rouillées qui ne tournaient plus sur leurs gonds, un air d'abandon solennel, des statues qui se dressaient, dans l'ombre, comme des spectres; des portraits de famille qui vous suivaient du regard, d'un air de méfiance: j'eus peur, et pourtant j'avançai toujours. La maison n'était pas gardée comme je m'y attendais. Elle avait, pour sentinelles invisibles, sa réputation de tristesse inhospitalière et l'effroi de sa propre solitude. ”
Victor Hugo,
Les Travailleurs de la mer
(1866)
“ La nuit, la lune lugubre entre là. Toute la mer est autour de cette maison. Sa situation est magnifique, et par conséquent sinistre. La beauté du lieu devient une énigme. Pourquoi aucune famille humaine n'habite-t-elle ce logis ? La place est belle, la maison est bonne. D'où vient cet abandon ? Aux questions de la raison s'ajoutent les questions de la rêverie. Ce champ est cultivable, d'où vient qu'il est inculte ? Pas de maître. La porte murée. Qu'a donc ce lieu ? pourquoi l'homme en fuite ? ”
Edmond Rousse,
Revue des Deux Mondes
“ Au milieu d’un tourbillon de petites besognes odieuses et sans cesse renaissantes, dans le grand désarroi d’esprit et de cœur où je me débats lâchement, je ne sais plus où me reprendre. Si je ne me trompe, je vous ai envoyé un bout de lettre dimanche dernier, le lendemain de mon arrivée ici. Depuis ce jour-là jusqu’à hier, rien qui vous puisse intéresser ; un va-et-vient sans but et sans pensée, — un piétinement hébété, de chambre en chambre, dans cette pauvre vieille maison vide ”
Jean-Claude Romand, Confession d'un malheureux. Vie de Jean-Claude Romand… (1846)
“ Telle sera désormais ma ligne invariable. La vie dissipée n'est plus mon partage ; ma petite maison est un ermitage d'où je ne sors jamais que pour vaquer aux courses et démarches que nécessite mon travail. ”
William Shakespeare,
Sonnets. Volume 8
“ Pauvre âme, centre de mon argile pécheresse, trompée par ces puissances rebelles qui t'environnent, pourquoi languis-tu et souffres-tu dans la détresse, tandis que tu pares si pompeusement tes murs extérieurs? Pourquoi tant dépenser, quand ton bail est si court, dans une maison qui s'écroule? ”
Claude Vignon, Une femme romanesque ; Adrien Malaret…
“ Elle se dit que le choc journalier des objets extérieurs avait, après tout, une grande influence sur l’heur ou le malheur d’une existence vouée à tourner perpétuellement dans un cercle étroit, et que, là, dans cette maison ensoleillée, en regardant ce large décor où les mélancolies des ruines se mariaient aux prodigalités d’une nature luxuriante et aux gais horizons d’une fertile contrée, elle sentirait moins que partout ailleurs l’ennui lourd et la morne solitude. ”
Francis Lathom, La Cloche de minuit
“ Elle se leva, se promena doucement dans sa chambre, s’arrêtant par intervalles, et fixant les yeux sur le plancher, accablée du passé, effrayée de l’avenir. Le corps fatigué, l’âme abattue, elle se remit sur sa chaise. ”
Louis Gillet,
Un siècle d’art français à Berlin
“ C’était un long corps effilé, émacié, aux mains maigres, n’ayant que le souffle : un esprit fantasque, rêveur, bizarre, ne tenant pas en place, changeant de logis comme un malade se retourne dans son lit. ”
“ La fatigue, l’espoir semant des barricades. Voyez, sur ces balcons, marcher des estocades,Car chaque maison est un fort, Chaque meuble, une arme guerrière, Chaque porte, une meurtrière, Et chaque toit, un arsenal. ”
“ La tristesse de cette maison que j’avais vue si fraîche et si brillante, convenait à la situation de mon ame. Je revoyais les meubles qui me rappelaient les mille petits évènemens frivoles de mon enfance ; je comparais ce temps, où une égratignure à mon doigt était l’accident le plus terrible qui pût bouleverser ma famille, à la vie infâme et sanglante que j’avais menée depuis. ”
Maurice de Guérin,
Journal, Lettres et Poèmes
(1862)
“ Ce sont, je t'assure, des combats terribles, des secousses profondes, que ces accès d'abattement, ces revirements de la pensée qui devient froide, terne, positive, désespérante. C'est une véritable maladie de l'âme; un travail de prédilection, un travail soutenu et plein d'onction peut seul la guérir. Ma vie, de ménage favorise merveilleusement ma vie intellectuelle. Tu sais que j'ai une chambre, une fort jolie chambre où j'ai mon lit, mon feu et mes livres; là je puis travailler à mon aise et longuement et silencieusement. ”
“ L'église devient une grange, le palais devient une ferme, la tour devient un pigeonnier, la maison devient une baraque, la boutique devient une échope, le bassin devient un étang, le citadin devient un paysan; la cité est morte. Partout la solitude, l'ennui, la poussière, la ruine, l'oubli. Partout, sur les places désertes, sur les passants enveloppés et mornes, sur les visages tristes, sur les pans de murs écroulés, sur les maisons basses, muettes et rares, l'œil de la pensée croit voir se projeter les longues et mélancoliques ombres d'un soleil couchant. ”
Henri Leriche, La soutane aux orties (1880)
“ Vous escaladez les murs, comme un malfaiteur, et pourquoi ? pour vous glisser dans une maison respectable où vous portez le trouble, en attendant que vous y portiez le malheur !. Et vous vous croyez bon et honnête !... ”
Edith Wharton,
La Revue de Paris
“ Le passage brusque d’un hôtel étouffant, dans une ville poussiéreuse et déserte, à l’espace et au luxe d’une grande maison de campagne éventée par la brise de mer, avait produit un état de lassitude morale assez agréable après la tension nerveuse et l’inconfort physique de ces dernières semaines. ”
Charles Wagner,
L'Ami: dialogues intérieurs
“ Celui qui voyant la maison menacer ruine, la quitte et en construit une autre, comme ses pères jadis, ou celui qui se cramponne aux murs croulants, au toit délabré, dût-il y perdre la santé et la vie et celles de ses enfants ? ”
Alfred de Musset,
Poésies nouvelles
“ Sur ce vieux lit où je rimaille Ces vers perdus ; Sur ce traversin où je bâille À bras tendus, Combien d’autres ont mis leur tête, Combien ont mis Un pauvre corps, un cœur honnête Et sans amis ! ”
George Sand,
Nouvelles
(1861)
“ Eh bien, je ne regrette rien de mon riche hôtel, de mon noble faubourg et de ma splendeur passée, que les objets qui m’eussent rappelé ce temps d’amour et de rêves. J’ai sauvé du désastre quelques meubles qui datent de cette époque, et que je regarde avec la même émotion que si l’heure allait sonner, et que si le pied de mes chevaux battait le pavé. Oh ! mon enfant, n’aimez jamais ainsi, car c’est un orage qui ne s’apaise qu’à la mort ! ”
Gustave de Molinari,
Contes choisis sur l'économie politique…
(1881)
“ Je ne vois dans votre sort d'autre malheur que celui que vous vous créez. Un court sommeil, de longs travaux, une nourriture insuffisante, une chambre froide, la solitude et les soucis, ce sont sans doute des maux cruels, mais ce destin, vous vous le faites. ”
Fernand Pignatel, L'Offertoire (1921)
“ On traverse des villages aux maisons dont la porte ouverte laisse entrevoir une vie calme et laborieuse subitement troublée, la table encore servie, le lit défait, les tiroirs des meubles ouverts, tout ce désordre qui prouve un drame subit, une alerte soudaine. ”
George Sand,
Histoire de ma vie
“ Jusqu’au jour où j’ai pu goûter sans alarmes les douceurs de la vie de famille, je me suis bercée de l’espoir de posséder dans quelque endroit ignoré une maison, fût-ce une ruine ou une chaumière, où je pourrais de temps en temps disparaître et travailler sans être distraite par le son de la voix humaine. ”
Augustin Cabanès, Grands névropathes
“ En proie au désœuvrement, l’âme vide et languissante... il lit, il lit sans cesse... Les bois, la colline et les champs ne l’amusaient déjà plus, et il vit clairement que la vie était aussi ennuyeuse au village qu’à la ville, bien qu’il n’y eût ni rues, ni palais, ni cartes, ni bals, ni poésie. ”
Léon Allard, Maison de famille (1884)
“ Et cet éparpillement sur les tables, sur les chaises, sur les couvercles des malles, de tous les objets à prendre ou à laisser, cela ne ressemble-t-il pas à un pillage de l'intérieur que l'on quitte, à un attristant démolissage dont on enfermerait les débris dans la caisse bondée, tassée, trop petite pour tout ce qu'elle doit contenir ? Ce n'est pas seulement le linge, les habits, les choses usuelles, qu'on enferme ainsi, c'est un peu de la vie et de l'affection de ceux qu'on aime. ”
Louis de Préaudeau, Nouvelles et poésies : essais de critique et d'histoire (1912)
“ Pourquoi, faible comme tu l'es, les yeux voilés et tout le côté droit lourd comme un boulet, sors-tu seul ainsi, abandonnant ta maison confortable et chaude, où tout est disposé pour toi, pour satisfaire à tes manies de vieillard et pour te rendre moins sensible la fuite ininterrompue de la vie? ”
“ Comme dans le tableau de Fildes, imaginez un de ces foyers d’humbles, où la misère séjourne d’autant plus douloureuse qu’on y sent davantage l’ingénieux effort répandu partout pour la masquer ; jetez, sur un coin de lit trop grand, un enfant, dont le râle siffle sinistrement à travers la pièce ; placez tout contre, prostrée sur le plancher nu, une jeune femme dont la tête retombe inerte et se perd dans le cercle de ses bras repliés ”
Charles Moutte, Chants et poésies, par Charles Moutte (1853)
“ A tout refroidi ce soir. La pierre est froide où s'appuie Le malheureux sans espoir. Moi, je puis m'étendre à l'aise, Mais le pauvre est donc maudit, Qui n'a pas même une chaise, Quand je possède un bon lit. ”
Apiau, Le peuple et la bourgeoisie (1848)
“ La crainte et l'ambition, ne sont-ce pas les tourments et des grands et des riches? Aussi, ces puissants de la terre appellent-ils souvent en vain le sommeil sur leurs lits de plumes, tandis que vous, sur vos lits grossiers, après les fatigues de la journée, vous en goûtez un pur et réparateur. ”
Friedrich Nietzsche,
Le Gai Savoir
“ Et la connaissance elle-même : que pour d’autres elle soit autre chose, par exemple un lit de repos, ou bien le chemin qui mène au lit de repos, ou bien encore un divertissement ou une flânerie, pour moi elle est un monde de dangers et de victoires, où les sentiments héroïques eux aussi ont leur place de danses et de jeux. ”
Louis-Jacques Brière, Panégyrique de saint Vincent de Paul… (1855)
“ Eh quoi ! c'est jusqu'au sommet de degrés étroits et rapides, c'est sous le toît des édifices, que les unes montent hors d'haleine, pour rechercher la détresse rougissant d'elle-même et mourant de froid et de faim, plutôt que de se montrer à la compassion. ”
Robertine Barry,
Chroniques du lundi
“ Le jour, d’ailleurs, touche à sa fin. Harassé, brisé, courbaturé, il faut gagner le nouveau logis où rien ne dit rien, où l’on croit ne pouvoir s’acclimater jamais. Mille pressentiments sombres envahissent l’esprit et la défaillance s’empare de l’âme... La nuit, tous les objets empilés revêtent une forme singulière. Dans le demi-sommeil qui suit ces heures d’agitation, ils ressemblent à des fantômes et prennent des voix pour se plaindre... Bonnes gens, qui déménagez, tout n’est pas dit encore : Vous pensez changer votre logis pour un plus beau, plus spacieux, plus confortable ? ”
Auguste Trimbalet, De Soyécourt à Wittenberg, ou L'invasion et la captivité (1916)
“ Il y a, parmi eux, des gens aisés, des gens qui même étaient riches, ou qui, tout au moins par un long labeur, s'étaient assuré, pour le moment de leur vieillesse, un repos paisible, dans une demeure proprette. ”
George Sand,
Mauprat
(1837)
“ Il faut avoir vécu au fond des bois, dans toute la rudesse des mœurs farouches, pour comprendre l’espèce d’effroi et de désespoir que j’éprouvai en me trouvant enfermé pendant plus d’une semaine entre quatre rideaux de soie. Le luxe de mon appartement, la dorure de mon lit, les soins minutieux des laquais, tout, jusqu’à la bonté des aliments, puérilités auxquelles j’avais été assez sensible le premier jour, me devint odieux au bout de vingt-quatre heures. ”
“ Ouvriers sans sommeil, sans fatigue, sans nombre. Tu viens dans cette nuit, libératrice sombre ! Tout travaille, l’aimant, le bitume, le fer, Le charbon ; pour changer en éden notre enfer, Les forces à ta voix sortent du fond des gouffres. ”
Arthur Buies,
Petites chroniques pour 1877
“ Quel jour peut servir de gage à un autre, et comment croire aux promesses d’un ciel plein de caprices furieux ? Vous quittez la ville, haletant, suffoqué, réduit par la transpiration, le manque d’appétit et le manque de sommeil, les membranes intérieures tapissées d’une poussière brûlante ; vous êtes exténué, accablé, vous vous traînez languissamment dans des rues presque désertes ”
George Sand,
Oeuvres de George Sand
(1837)
“ Quoique notre home soit généralement peu confortable, il exerce sur nous une puissance qui nous poursuit jusqu’aux extrémités de la terre, nous rend revêches et malhabiles à supporter les privations et les fatigues, et nous inspire les plus puérils et les plus inutiles regrets. ”
Jérôme et Jean Tharaud, Revue des Deux Mondes
“ Suivant l’humeur du moment, tantôt nous descendons dans les profondeurs de la route, emportant notre téléphone ; tantôt nous demeurons sous notre plafond de gravats, par paresse, dégoût de bouger, ennui d’abandonner cette ombre de logis, ce fantôme de confort, résignés au destin, sans avoir d’ailleurs l’illusion que ce destin nourrisse à notre endroit des intentions particulièrement favorables. ”
Pierre-Joseph-Olivier Chauveau,
Charles Guérin, roman de mœurs canadiennes
“ Vous avez laissé les occupations grossières, les durs travaux que vous aviez su vous rendre doux et aimables, et vous avez défait en quelques semaines l’ouvrage de deux années. Vous vous êtes placée vous-même en dehors de tout ce qui vous entoure, et vous ne savez plus où vous êtes. Quels songes vous tourmentent dans cet asile où vous vous êtes réfugiée contre la chaleur du jour et l’ennui de toutes choses ? Votre sommeil est agité, votre poitrine oppressée ; et de vos lèvres brûlantes s’échappent des sons confus et inarticulés. ”
Max Alexander, Amour, préservation et sécurité (1909)
“ Elles ont, à certains égards, le caractère enfantin, avec des affolements de désespoir, des explosions de gaieté bruyante, des attendrissements rapides et des brusques emportements, pendant lesquels elles trépignent du pied, brisent les meubles et éprouvent l'irrésistible besoin de frapper. ”
Charles-Louis Philippe,
Le Père Perdrix, roman
“ Ils s’occupèrent à tout régler, à quitter leur vie en huit jours, vendirent les lits, l’armoire, la table, arrachèrent les meubles comme on arrache la chair d’un corps malade, n’en eurent pas beaucoup d’argent, mais se sentirent séparés des maux et légers comme un corps opéré. ”
Bôn Mat, La nuit rouge de Yên-Bay (1931)
“ Le séjour dans la vie abrégée sommaire et rude des débuts, était brutal, meurtrier à la longue. On ne vivait pas sa vie, on la brûlait sous les atteintes du climat, les fatigues du travail, les plaisirs violents parfois. ”
Hippolyte Taine,
Voyage aux Pyrénées
“ En marchant dans ces salles silencieuses, que de temps en temps troublent de frêles promeneuses ou de pâles jeunes gens poitrinaires, je songeai que l’affaiblissement des âmes vient de l’affaiblissement des corps. Nous passons le temps dans des chambres, occupés de raisonnements, de réflexions, de lectures; la douceur des mœurs nous évite les dangers, et le progrès de l’industrie, les fatigues. ”
Gaston Leroux,
Le Crime de Rouletabille
“ Là des pas qui se sauvent !... Ici des pas qui reviennent (dans le même moment) . Ceux-là se sauvent devant quoi ? Ceux-ci reviennent pourquoi ? Qu’y avait-il entre eux ? Il y avait un drame... Un drame qui faisait du bruit dans le pavillon !... ”
