“ Même dans les lieux souterrains les plus obscurs, on peut supposer qu’il y a des fils pâles de lumière venus on ne sait d’où et flottant dans l’air, comme, en été, les fils de la Vierge dans la campagne. ”
Moire
Définition et enjeux
La moire, concept interdisciplinaire reliant esthétique, spiritualité et nature, a suscité des réflexions diverses chez de nombreux auteurs. Jean Moréas, Victor Hugo ou Léon Bloy l'ont abordée à travers des métaphores lumineuses ou des paysages imprégnés de mysticisme, tandis que Victor de Laprade ou le Collectif y perçoivent une source de méditation sur la vulnérabilité de l'environnement.
Ces approches, mêlant lyrisme et profondeur philosophique, mettent en évidence une continuité entre les thèmes de la nature, de la lumière et de l'harmonie, comme en témoignent les liens avec le velours, la soie ou les figures mythologiques.
Citations sur “moire”
Victor de Laprade,
Odes et Poèmes
“ O chênes, ô forêts, ô lieux doux et sacrés, Temple où les premiers dieux à nous se sont montrés, Où de nos jours encor l’esprit d’en haut se cache, Mon cœur saigne pour vous à chaque coup de hache ! ”
“ Jusqu’à ce qu’infidèle au ciel plus pâle, meure Au levant la dernière étoile de la nuit. Déjà l’eau du matin pèse à l’herbe qui luit, Et, modelant d’un doigt magique toutes choses, L’aube à pleins tabliers sème ses jeunes roses. Ô la sainte rumeur de sève et de travail ! Écoute passer, cloche à cloche, le bétail, Et rauquement mugir la trompe qui le guide. La vallée a ses tons d’émeraude liquide, Les toits brillent, les bois fument, le ciel est clair, Chaque vitre au soleil répond par un éclair. La douceur de la vie entre par la fenêtre. ”
Léon Lorrain, Les fleurs poétiques, simples bluettes
“ Les champs et les prés, les bois Où la colombe roucoule ; La montagne avec ses voix, L’onde que le vent refoule ; Seigneur, tout, dans la nature. Te glorifie à la fois ; Il n’est pas de créature Qui n’élève au ciel sa voix. ”
“ LA FÉE ESPACE. Où vint mourir sur une cime, Celui qui, sur une cime, avait hissé son âme et son peuple. LE DIEU TEMPS. Meuse royale, fleuve de grâce et d’harmonie ; combien de cris douloureux noyés dans tes eaux paisibles, combien, dans tes flots, d’âmes à la dérive. ”
André Gide,
La Symphonie pastorale
(1919)
“ À nos pieds, comme un livre ouvert, incliné sur le pupitre de la montagne, la grande prairie verte et diaprée, que bleuit l’ombre, que dore le soleil, et dont les mots distincts sont des fleurs, — des gentianes, des pulsatilles, des renoncules, et les beaux lys de Salomon — que les vaches viennent épeler avec leurs cloches, et où les anges viennent lire, puisque vous dites que les yeux des hommes sont clos. ”
Justin de Naplouse,
Les Pères de l’Église
“ Dans votre attente, les montagnes et les collines tressailliront d’allégresse, et tous les arbres de la terre animés par la joie agiteront leurs rameaux. Les pins s’élèveront à la place des ronces, le myrte croîtra à la place de l’ortie, et le Seigneur sera connu sous son nom éternel que rien n’effacera. ”
“ Le lendemain, jour saint, c’était Pâques fleuries. * * * Dans cette blanche plaine où tout est verglacé, Cette plaine endormie où, l’automne passé, Derrière un charriot nous faisions le glanage, Il monte maintenant un râle de vannage, Comme en entend la grange au milieu des hivers : C’est le bruit de nos pas. C’est le bruit de nos pas.Or, par des clos divers, Comme bien des vaillants que le monde néglige, Nous passons, nous aussi, sans laisser de vestige. ”
Auguste Brizeux,
Œuvres de Auguste Brizeux
“ Par les landes, les prés, les verts taillis de hêtres, Il vient, suivi du peuple et porte par les prêtres : Aux cantiques de l’homme, oiseaux, mêlez vos chants ! On s’arrête. La foule autour d’un chêne antique S’incline, en adorant, sous l’ostensoir mystique : Soleil, darde sur lui tes longs rayons couchants ! Vous, fleurs, avec l’encens exhalez votre arôme ! Ô fête ! tout reluit, tout prie et tout embaume ! Dieu s’avance à travers les champs. ”
Eugène Nus,
Les dogmes nouveaux (2e édition augmentée…
(1878)
“ Les bois, la montagne, la plaine; L'azur étoilé de la nuit; La grande mer, sombre ou sereine, Où l'immensité plane et fuit?. C'est là qu'est l'Église infinie; C'est la Nature : c'est la Vie! Tout coin de terre est un saint lieu. ”
Friedrich Schiller,
Poésies de Schiller
“ Entre la terre et le ciel, debout sur un roc, dans l’océan des airs, dans la région des tempêtes, au-dessus des nuées amoncelées l’une sur l’autre, des orages naissants, mon regard plane dans l’espace, et je pense à toi, ô Éternel ! ”
Amable Tastu,
Lectures pour les jeunes filles…
(1840)
“ On voit auprès du champ une forêt sacrée, Formidable aux humains et des temps révérée, Dont le feuillage sombre et les rameaux épais Du dieu de la clarté font mourir tous les traits. Sous la noire épaisseur des ormes et des hêtres, Les faunes, les sylvains ou les nymphes champêtres, N'y vont point accorder, aux accents de la voix, Le son des chalumeaux ou celui des hautbois. Cette ombre, destinée à de plus noirs offices, Cache aux yeux du soleil ses cruels sacrifices, Et les vœux criminels qui s'offrent en ces lieux Offensent la nature en révérant les dieux. ”
Théophile Gautier,
Émaux et camées
“ Met en demeure le printemps.Il voit le jour derrière l'ombre;Tel un croyant, dans le saint lieu,L'autel désert, sous la nef sombre,Avec sa foi voit toujours Dieu.A la nature il se confie,Car son instinct pressent la loi. ”
François Béroalde de Verville,
Les Souspirs amoureux de François Beroalde de Verville 1589
“ Pour triompher de moy, a mon âme ravie. Mon esprit erre en bas en la plaine obscurcie, Et mon corps au tombeau croist le nombre des morts. Ma vie sous l'horreur des meurtrissants efforts Qui bourrellent mon cœur, de moy s'est departie. ”
Alfred de Montvaillant, Poètes bibliques : le Livre d'Ésaïe… (1898)
“ Toute vallée Dans ce temps merveilleux soudain sera comblée, Les monts et les coteaux seront tous abaissés, Les endroits tortueux seront tous redressés, Et les lieux raboteux deviendront une plaine. 5 Dieu manifestera sa gloire souveraine, Toute chair la verra, l'Eternel a parlé. 6 On répond à la voix par ce cri désolé : Que pourrai-je crier ? la chair est comme l'herbe, Et sa grâce est, d'un champ, la fleur en vain superbe, 7 L'herbe sèche, la fleur tombe, on ne la voit plus. Le vent de l'Eternel leur a soufflé dessus. Oui, le peuple vraiment a le destin de l'herbe. ”
“ Tendre fleur qui sors d’un tombeau ! C’est Dieu qui l’a donné, le Dieu de la prière. La cloche, balancée aux tours du sanctuaire, Comme aux jours du repos, y rappelle nos pas. C’est Dieu qui l’a donné, le Dieu de la victoire ! ”
“ Sous les sapins ombreux où le vent vient jeter Les murmures du soir ; sous la mousse endormie Qui pend comme un long crêpe aux flancs du roc brisé, Mon âme est enfouie Comme sous la forêt un rameau desséché ”
Charles-Émile Freppel,
Discours en faveur de l'oeuvre des tombes et des prières…
(1892)
“ Cherchez le champ des morts au milieu de nos populations chrétiennes, vous le trouverez à l'ombre de l'église, dont il est la suite et le prolongement, terre bénite, lui aussi, terre sainte, comme le sanctuaire même de la divinité. ”
Jean Moréas,
Premières Poésies : 1883-1886
“ Es-tu prise à jamais dans les glaces du pôle ? — Voici l’heure qui tinte et la chanson du saule. Mon regard fatigué contemple l’horizon Monotone, à travers les barreaux d’une geôle. — Je suis l’herbe fauchée et l’arbre que l’on gaule. ”
“ Nature, tes vallons fleurissaient sous leurs pas. Savais-tu, quand leurs mains te jetaient la semence, Que tes blés mûriraient dans la campagne immense Pour d’autres moissonneurs que tu ne connais pas ? ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ A voir les visages énergiques de ces moines, leurs yeux pleins de feu, leur pâleur que fait encore ressortir la couleur foncée de leurs robes de bure, on a comme la révélation d’un monde étrange et qui semble en dehors de l’humanité. ”
“ Les feuilles des bois, du vent remuées, Tombent... on dirait Que le sabbat sombre aux rauques huées A fui la forêt ; Le clair chant du coq perce les nuées ; Ciel ! l’aube apparaît ! Tout reprend sa forme première. ”
Paul Valéry,
Œuvres de Paul Valery
“ Le bois sacré s’emplit lentement de lumière, et le dieu tient la lyre entre ses doigts d’argent. Le dieu chante, et, selon le rythme tout-puissant, s’élèvent au soleil les fabuleuses pierres, et l’on voit grandir vers l’azur incandescent, les murs d’or harmonieux d’un sanctuaire. ”
Robert Honnert,
Les portes du monde
“ Comme une berge au soir est soeur d'une autre berge Et qu'un semblable feu, dans une même auberge, Met de pareils reflets aux creux du torée nu La rame est là, brillante, et d'eau froide trempée, Et fiers, voyant frémir la feuille et la forêt Nous courbons dans le vent notre corps toujours prêt, En qui déjà se tait l'âme toujours trompée. ”
Ralph Waldo Emerson,
Nature
(1836)
“ Dans ces plantations de Dieu, un décorum et un règne de sainteté, une fête éternelle est habillée, et l'invité ne voit pas comment il se lasserait d'eux dans mille ans. Dans les bois, nous retournons à la raison et à la foi. ”
Maurice Barrès,
La Colline inspirée
“ Combien de fois, au hasard d’une heureuse et profonde journée, n’avons-nous pas rencontré la lisière d’un bois, un sommet, une source, une simple prairie, qui nous commandaient de faire taire nos pensées et d’écouter plus profond que notre cœur ! ”
Augustin d’Hippone,
''Œuvres complètes de Saint Augustin''
“ Car, au moment qu’elle prit ses formes le jour naquit, et quand le jour naquit, Dieu fit le ciel et la terre, et la verdure des champs, avant qu’elle poussât sur la terre, et l’herbe des champs avant qu’elle prît naissance. ”
Mélanie Bourotte, Le Sphinx au foyer
“ J’ai les amples monts Dôme en vue Et des lacs nombreux à sonder. Mais si les fleurs font ma parure Et les rocs vifs mon ceinturon, Plus grande encor que la Nature, La croix est mon divin fleuron. ”
Victor Hugo,
Les Quatre Vents de l’esprit
“ La forêt qui craint Dieu dans l’ombre et qui le nomme, Les eaux, les fleurs, les champs, font naître en nous un homme Mystérieux, semblable aux profondeurs qu’il voit. La nature aux songeurs montre les cieux du doigt. ”
Albert Glatigny,
Œuvres de Albert Glatigny
“ Des envieux braquant sur nous leurs gros yeux ronds. Nos pas, dans les rochers, ont creusé leurs empreintes, C’est bien du sang des dieux que nos veines sont teintes Et le laurier sacré fait un nimbe à nos fronts. ”
Augustin d’Hippone,
''Œuvres complètes de Saint Augustin''
“ Ainsi il y aura fertilité dans les champs, sur les collines et sur les montagnes. Que peuvent par eux-mêmes soit les champs, soit les collines, soit les montagnes ? Qu’on ne voie ici que Celui qui les cultive : « Et ils habiteront dans leur terre avec espérance. » ”
Léon Cladel,
Le Parnasse contemporain/1869
“ Pas d’air ; à l’horizon d’immenses prés, dont l’herbe Ourlait une forêt immobile & superbe ; Un grand fleuve arrêté, comme s’il était las, Réverbérant du ciel les splendides éclats ; Et plus loin, dévoré par les baisers de l’astre, Un mont, dans la lumière ; un mont, tel qu’un pilastre ”
Victor Poucel, Mon baptême (1937)
“ Sortie de dessous la porte du côté droit du Temple, vers l'Orient, et grossissant à mesure au point de devenir un fleuve profond, aux rives vêtues d'arbres, l'eau sainte se jette dans la Mer Morte, et y apporte, avec sa douceur, la résurrection. — Magnifique tableau où les sources de la nature et celles de la grâce se distinguent et s'opposent pour se rejoindre dans l'unité. ”
Philoxène Boyer,
Les Deux Saisons
(1867)
“ Depuis tantôt deux mille années, Il distille l'huile et le miel Sur les lèvres prédestinées A chanter la chanson du ciel. Pour suivre son sublime exemple, Il m'eût fallu des reins plus forts. Hélas ! ce n'est pas vers son temple Qu'ont tendu mes tristes efforts. Pèlerin que le soleil laisse, Esprit en proie au dénûment, J'ai souvent connu la faiblesse, Et le doute, et le reniement. Cerveau gâté, parole acerbe, J'ai remis le Christ sur la croix Avant de comprendre le Verbe, Avant de m'écrier : Je crois ! ”
X. Marmier, De la poésie finlandaise
“ Une quantité d’esprits bienveillans ou mauvais habitent les montagnes, les vallées, les fleuves. Le ciel est représenté comme une immense demeure partagée en neuf régions, couverte de neuf toits, sous lesquels repose le dieu suprême. Le soleil est la tête du dieu, qui apparaît au-dessus de ces toits dorés. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Mais le mythe s’écroule et la forêt persiste, Je suis toujours le temple insondable, éternel, Que l’orgue de la brise emplit, joyeux ou triste, Le temple où vient rêver le poête ou l’artiste, Et d’où monte un encens végétal vers le ciel. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ La forêt, c’est la nuit ou le nuage ; la lumière entrevue du haut de l’arbre, c’est l’aube lointaine. Les cailloux et la mie de pain, ce sont les étoiles, la voie lactée. » « L’ogre paraît bien être ici le soleil dévorant. » ”
Jean Moréas,
Premières Poésies : 1883-1886
“ Nattes au dos, torsades sur l’encolure. La pénitence après le péché, sans doute L’orgueil et l’avarice et l’envie, et toute La babiole ; et l’amour de la nature, Et même la lune à travers la verdure ”
Homère,
L’Odyssée/Traduction Séguier
“ « Fils, la nef a boisson et vivres suffisants ; Donc, crainte d’un malheur, des bœufs qu’on ne dispose, Ni des moutons dodus, car ce sont les troupeaux D’un dieu grand, le Soleil, qui voit, sait toute chose. » ”
André Suarès,
Sur la mort de mon frère
(1904)
“ J’ai vu. J’ai été sous ces arbres, et la terre était mouillée. Et là... Celui que l’on mène est toujours le dernier de la rangée. Et déjà le lendemain il ne l’est plus. Et la terre béante est comblée. ”
François-Marie Luzel,
Légendes chrétiennes
“ Il vous faudra gravir cette montagne escarpée que voilà devant vous. Avant d’arriver à la montagne, vous passerez par une prairie aride, brûlée par le soleil et où pas une herbe ne pousse, et pourtant, vous y verrez des vaches bien portantes et luisantes de graisse. ”
Jean Moréas,
Ériphyle, suivi de quatre Sylves
“ De la nef balancée au milieu de la mer. Et mon ami sait bien que le vert ne couronne La ramée toujours, mais ni toujours l’automne ; Que c’est des jours heureux qu’il faut se souvenir ; Que même le malheur, comme humain, doit mourir. ”
Alain-Fournier,
Propos sur le christianisme
(1924)
“ Le sol est jonché de fleurs et de longues flammes d’iris, disposées de façon à représenter le soleil, père du blé. Au devant du dieu s’avancent des enfants vêtus de blanc et couronnés de roses, qui jettent des roses effeuillées. ”
Le tombeau de Charles Berjole, 1884-1924… (1928)
“ Les Soirs de Vieux sortis sur les seuils embrumés Quand la Nuit appareille effleurant les Villages Et quand un peu de Mort flotte aux décors aimés, La même Ombre sur F Ame et sur les Paysages ! Soir sur la Vie et Soir glissant sur les Chemins Calme des vieilles gens regardant en eux-mêmes Se dérouler le clair ou douloureux Poème Des mauvais jours passés ou des bonheurs défunts. ”
Edgar Quinet,
Revue des Deux Mondes
“ Serait-il bien possible, mon divin Créateur, que sous ces bois de myrtes, sous ces rivières et ruisseaux transparens, sous ces rochers et murs écroulés, vous eussiez mis encore des merveilles et des trésors magiques qu’aucun homme n’a vus ni touchés de ses doigts ? ”
Jean-François Simon, Gaston Chambrun
“ Les rives du grand fleuve, vagues et indécises dessinaient dans la pénombre, leurs fuyantes perspectives, que les arbres sur la côte, la clarté des fenêtres au loin, le clocher d’une église à l’horizon trouaient de points sombres et lumineux. ”
Lettres aux Parisiens ; par un habitant de Fouilly-les-Oies (1871)
“ La vaste étendue de ciel que nous embrassons, nos plaines fertiles qui chaque année se couvrent de riches moissons, nos coteaux boisés qui reverdissent à chaque printemps, les majestueux couchers du soleil, la grande voix du tonnerre, qui rebondit d'écho en écho dans nos vallées, tout cela parle à nos coeurs un secret langage ”
Théodore Hannon,
Au clair de la dune
“ En son beau geste fait au moule, Bénir l’huître noble et sa sœur Plus démocratique, la moule ? Quoi qu’il en soit, déjà le flot À venir vers lui nous invite : Nous allons former un bon lot De beaux diables dans l’eau bénite. ”
