“ Un mélange de chaleur, d'odeur et de bruit me pénètre, je soupire longuement et me regonfle. Je sens, comme au toucher, l'existence multiple, la respiration de l'école. Et j'aime les enfants-types qui ressortent dans le peuple des bancs ; j'aime la Souris et j'aime Bonvalot. J'aime le bruit des galoches au-dessus de ma tête, dans la classe de Mme Galant ; il ne cesse jamais nettement : dans le plus de silence que l'on puisse obtenir, il y a toujours, par-ci, par-là, des galoches qui râclent ; on pense à un locataire faisant son ménage et qui n'aurait jamais complètement fini. ”
Galoches
Définition et enjeux
Citations sur “galoches”
Camille Rambaud,
Six mois de captivité à Koenigsberg…
(1872)
“ Vous ririez de voir notre magnifique atelier de galoches. Depuis trois jours, il produit quatrevingt paires par jour. Hier au soir, j'ai donné pour la semaine aux ouvriers 195 fr., de façon, à diviser entre vingt-trois ouvriers. Quelques-uns gagnent jusqu'à 11 fr. 25 ; mais ils travaillent bien et ceux-là ne tomberont pas malades. Nos distributions de galoches, vêtements, se font beaucoup mieux maintenant, grâce à nos conférences de Saint-Vincent-de-Paul. C'est une idée féconde que j'ai eue trop tard. Les membres sont pleins de zèle, l'esprit d'Ozanam semble souffler sur sa fille. ”
Noël Sabord, Fontbrune : roman (1943)
“ Nos gens préféraient les « raides » où l'eau court sur des pierres de schiste et où l'on marche, les pieds nus dans les galoches, comme dans un chemin inondé. C'est là qu'ils bâtissaient, en biais, de minces perrés pour arrêter le poisson et posaient leurs nasses d'osier ou leurs verveux de chanvre. Des premiers jours tièdes où le goujon remonte, jusqu'aux premières pluies d'automne où l'eau s'enfle et fraîchit, on entendait le clapotis de leurs galoches et le gargouillis des pierres remuées. ”
Joris-Karl Huysmans,
La Bièvre et Saint-Séverin
“ Alors, dans la poussière qu’agite le piétinement des galoches et des bottes, dans la puanteur qu’exhale le remous des jupes, passent de consternantes visions d’êtres tordus par des spasmes nerveux, de femmes suivant un homme, l’air égaré, et refaisant, sans parler, un à un, ses gestes. ”
Jacques Cambry,
Description du département de l’Oise
“ Il se fabrique pendant l’hiver plus de douze mille paires de galoches, et deux ou trois mille dans l’été : on emploie une partie de la belle saison aux soins de la culture et des moissons. On devine avec quelle économie doivent se faire les achats et la vente de tout ce qui tient à cette fameuse manufacture : un mauvais cheval, un âne exténués portent au marché ces savates, ces galoches ; une pauvre femme les accompagne, un morceau de pain dans la poche, et ne dépense pas hors de sa commune un denier de l’argent qu’elle reçoit. ”
Anatole Le Braz,
Le gardien du feu
“ Nous n’eûmes d’autre ressource que de nous agenouiller sur les marches du calvaire. Les Capistes, aux fronts durs et broussailleux comme leurs landes, nous dévisageaient avec une curiosité narquoise, Adèle surtout, dont la joliesse, le teint finement rosé sous les dentelles de la coiffe, faisaient paraître encore plus déplaisants les traits âpres et comme barbouillés de rouille des femmes de la Pointe, accroupies autour de nous sur leurs galoches, dans l’herbe, raidie par le givre, de l’enclos sacré. ”
Clair Tisseur , Le Littré de la Grand'Côte
“ GALOCHE (LA) . — C’est le nom qu’on a donné au petit chemin de fer qui relie la gare de la Croix-Rousse à Trévoux, à cause de ses habitudes de simplicité rustique. Le nom s’est étendu à toute voiture qui ne va pas vite. J’ai pris l’autre jour le caloripert de Perrache. Quelle galoche ! GALOP. — Recevoir (ou donner) un galop, Recevoir une chasse, un savon, un ratichon, etc. GALOPE, s. f. — Faire une chose à la galope, La dépêcher sans y porter grande attention. Un négocient soigneux, un peintre habile, un mari attaché à son devoir, ne font jamais rien à la galope. — Subst. verbal de galoper. ”
Ludovic Hébert Beauvoir, Voyage autour du monde : Australie (1869)
“ Nous partons tous au galop, mais chacun dans une direction différente, pour découvrir les troupeaux éparpillés dans les piaines. -C'est comme une petite guerre de tirailleurs où chacun fait une fantasia à sa guise. Dès que nous voyons un groupe de trente ou quarante bêtes à cornes, nous les chargeons à toute vitesse, nous les « galopons » ainsi, en les harcelant tantôt à droite, tantôt à gauche, jusqu'à ce qu'elles aient atteint une colline de sable qui domine la plaine et qui est le rendez-vous général. C'est vraiment un sport charmant ! ”
Charles-Yves Cousin d'Avallon, Fontainiana, ou Recueil d'anecdotes… (1801)
“ On voit mille cirons, jaunes, blancs, rouges, bleus, Disputer de brillant avec les pierreries ; Et de la gale vient le nom de galeries, Bien véritablement et sans plaisanteries, Pour,la diversité des objets curieux, Dont les regards sont charmés en ces lieux. C'est encor de la gale même Que la galanterie est appelée ainsi, Par une ressemblance extrême, Que je vais te décrire ici. Un galeux a l'âme ravie D'appaiser sans témoins, et selon son envie, La démangeaison de la chair. Mais quand et galants et galeux Trouvent trop de gens auprès d'eux, Leur passion est à la gêne ”
Joseph Méry,
La guerre du Nizam
(1856)
“ Pas une fleur ne resta debout sur le sentier agreste : la joyeuse tempête du galop dévora tout; des milliers de familles végétales, filles de la mer et du soleil, périrent en un clin d'oeil sous les pieds les plus légers de Smyrne, au son de la musique, au murmure charmant des petites vagues, et dans un délicieux concert de paroles haletantes et d'éclats de rire enfantins. Un quart d'heure de galop brise la force de l'homme, et même la faiblesse de la femme. Il est triste de dire que le bonheur du bal a seulement quinze minutes à nous donner. ”
Richard Wagner,
Richard Wagner en caricatures…
(1892)
“ C'est une nature bilieuse, ardente au travail, pleine de conviction, aux lèvres minces, à la bouche légèrement rentrée, et le trait le plus caractéristique dans les détails vient de son menton, se rapprochant de la famille des menions de galoche. ”
Pierre Troyon, Revue des Deux Mondes
“ Enfin cet animal chassé par un péril imaginaire s’en allait tout droit chez les Boches. Les Boches lui tirent dessus, vous pensez quel plaisir ! Les balles, le vacarme l’affolent, il bute, se relève en sang, tourne, tourne en furieux, comme un cheval de corrida galope dans l’arène en perdant ses entrailles. C’était même fantastique à voir, ce galop solitaire, cette chevauchée lancée dans ce ravin cruel, au petit jour, comme une charge inutile, une folie se brisant la tête à tous les murs. ”
Émile Trolliet, La route fraternelle (1900)
“ Qu'ils soient doux à Gallus ces vers où je le pleure, A ce Gallus que j'aime un peu plus d'heure en heure, Et pour qui mon amour grandit avec le temps, Comme les aulnes verts grandissent au printemps. Levons-nous, levons-nous : comme aux fruits de la terre, A qui chante couché l'ombre est peu salutaire. L'ombre du genévrier est pesante à nos fronts. ”
Victor Hugo,
Les Quatre Vents de l’esprit
“ Qu’est-ce que cet encens dans l’ombre répandu ? Je sens comme une odeur de paradis. GALLUS, paraissant. Je sens comme une odeur de paradis. Perdu. Enfin ! je tiens mon rêve ! Gallus, sorti du massif, laisse tomber son manteau. Il apparaît vêtu de brocart d’or de la tête aux pieds, avec son cordon bleu et sa plaque d’ordres. Il a sur la tête un panache couleur feu. Il se dresse devant Lison.LISON. Enfin ! je tiens mon rêve ! Un homme fait de flamme ! On aperçoit dans les arbres Gunich au guet, caché par l’ombre du bois.GALLUS, immobile, l’œil fixé sur Lison. À part. ”
Adolphe Vachet, Glossaire des gones de Lyon : d'après M. Toulmonde et les meilleurs auteurs du Gourguillon et de la… (1907)
“ Y se donnaient d'air à ces grands galavards qui s'engueulent à la Bourse, et que veulent toujours se désampiller, même qu'on est obligé de leur z'y mettre un garde-fou pour qui poyent pas s'arraper. GALIOT. — Forçat, galérien. — Rac : Galiote, qui est un diminutif de galère : / cous font travailler comme de galiots, c'est-à-dire avec peine et sans trêve. GALOCHE. — Il n'est pas question ici de la chaussure de ce nom, ni même du menton de galoche. A Lyon, la Galoche est un chemin de fer. Nos funiculaires qui gravissent les collines sont des ficelles ”
Louis et Auguste Ruellan , prêtres de la Compagnie de Jésus (1891)
“ Nous galopons, galopons, galopons. La nuit aussi galope. J'aurais bien voulu qu'elle me laissât le loisir d'atteindre au sommet d'un haut plateau, Five Miles Prairie, la cabane d'un Français de France, à qui j'avais l'intention de demander un souper et l'équivalent d'un lit. Mais je venais justement de gravir la montagne, il me restait un ou deux milles à faire à travers champs, quand d'épaisses ténèbres m'enveloppent complètement. ”
“ Et l'on ne voit pas les fleurs des haies... et l'on ne se souvient pas des histoires de M. André Theuriet... Ces arbres qui fuient, ce sont des arbres, sans plus... et ils galopent, galopent... Qu'importe qu'ils s'appellent chêne, acacia, orme ou platane? Ils galopent, voilà tout... Ils accourent vers nous, se précipitent vers nous, dans un vertige. On dirait—tellement ils ont peur et ne savent plus ce qu'ils font—qu'ils vont entrer dans la voiture et la traverser. Ils ont tellement peur qu'ils ne sont même plus de la matière: ils sont devenus des reflets, des ombres, [p. 190] et qui galopent. ”
Edmond de Goncourt,
Journal des Goncourt
“ Il y a de vieilles petites créatures séchées et ratatinées, empaquetées dans un étoffement de laine, les plis de leurs jupes comme de gros tuyaux d’orgue écrasés, l’os maigre de leur jambe, à l’énorme cheville, perdu dans le bas bleu tombant sur la galoche. ”
Arnould Galopin,
Le Docteur Oméga
“ Figurez-vous une bête étrange, apocalyptique, tenant tout à la fois du lion, de l’éléphant et du tapir, et vous aurez à peu près une idée de l’étrange animal dont la seule vue nous glaçait le sang dans les veines. Ses yeux, couleur de jade, avaient l’inquiétante fixité de ceux du boa constrictor lorsqu’il guette une proie. Après avoir poussé un nouveau hurlement plus formidable que le premier, le monstre nous regarda longuement, huma l’air en agitant sa queue puis s’accroupit à la façon des tigres en remuant les flancs... prêt à sauter. ”
Gustave Flaubert,
La tentation de saint Antoine
(1874)
“ Mais le cercle des monstres s' entr'ouvre , le ciel tout à coup devient bleu , et LA LICORNE se présente . Au galop ! au galop ! J' ai des sabots d' ivoire , des dents d' acier , la tête couleur de pourpre , le corps couleur de neige , et la corne de mon front porte les bariolures de l' arc-en-ciel . Je voyage de la Chaldée au désert tartare , sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie . Je dépasse les autruches . Je cours si vite que je traîne le vent . Je frotte mon dos contre les palmiers . Je me roule dans les bambous . D' un bond je saute les fleuves . ”
Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit/Édition 1920
“ Et tous les voyageurs prirent le galop au milieu d’un nuage de poussière qu’enflammait le soleil ; les mules défilaient entre d’énormes blocs de granit, le torrent mugissait dans de bouillonnants entonnoirs, les forêts pliaient avec d’immenses craquements ; et de ces profondes solitudes que remuait le vent sortaient des voix confusément menaçantes, qui tantôt s’approchaient, tantôt s’éloignaient, comme si une troupe de voleurs rôdait aux environs. IIILE MARQUIS D’AROCA Mets-toi voleur de grand chemin, tu gagneras ta vie. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Un prêtre marié
“ Les seuls êtres vivants qui fussent en ces solitudes mornes, c’étaient quelques poulains à moitié sauvages qui s’abritaient contre le vent, sous les haies des prairies où ils pâturaient, et qui, le voyant et l’entendant par les trous de ces haies rompues, regagnaient l’intérieur de leurs pâturages au plus effaré de leurs galops, envoyant seulement de loin à Foudre ces hennissements tremblants et ricaneusement clairs qui sont un langage et auxquels le bel animal répondait par les siens, plus fiers et plus pleinement retentissants. ”
“ Qu’elle monte, se couche voluptueuse, sur les galets, comme une femme qui se plaît à palper les os de son amant ; qu’elle caresse le pied du fort, se coule derrière la digue, et étende sur ce vilain fond noir sa langue d’animal monstrueux, aplatie et miroitante ! ”
Augustine Bulteau,
Un voyage. Belgique, Hollande, Allemagne…
“ Il presse du talon le galop éperdu. Ils vont, l’homme et la bête, rapides, mêlés au vent. Ce petit chef−d’œuvre précipite le sang dans les veines, charge les muscles d’une énergie presque pénible, vous entraîne avec lui. ”
Émile Zola,
La Terre
(1887)
“ Il y vit une trombe d’eau venir de plus de six lieues, d’abord un mince nuage fauve, tordu comme une corde, puis une masse hurlante accourant d’un galop de monstre, puis, derrière, l’éventrement des récoltes, un sillage de trois kilomètres de largeur, tout piétiné, brisé, rasé. ”
Jean Moréas,
Premières Poésies : 1883-1886
“ Aux galets le flot se brise Sous la lune blanche et grise, O la triste cantilène Que la bise dans la plaine ! — Elfes couronnés de jonc, Viendrez-vous danser en rond ? II Hou ! Hou ! Le héron ricane Pour faire peur à la cane. Trap ! Trap ! Le sorcier galope Sur le bouc et la varlope. ”
Georges Eekhoud,
Kermesses
(1884)
“ Le nez crochu, la bouche veule, le menton en galoche, la barbe noire inculte, des cheveux broussailleux, des oreilles de satyre, achèvent de donner à ce visage un caractère équivoque. C'est de plus un gaillard fort efflanqué, sec et noueux, enveloppé dans un long paletot décati et rapiécé, culotté d'un piloux pisseux, chaussé de sabots jaunes, coiffé d'un feutre problématique. ”
Edmond Bocquier, Les Légendes de la nuit en Vendée… (1908)
“ La galipote est un animal étrange , nocturne et qui prend la forme , voulue ou subie , d' un mouton blanc , d' une chèvre barbue , d' un chien noir , d' une bète bigorne , bête à deux cornes mal définie , parfois même d' un porc , d' un taureau , d' un lièvre , d' un chat ou d' une mule blanche . Elle rôde autour des fermes , attaque les chiens , pousse des grognements , gambade autour des attardés et des égarés , parfois les bat et les terrasse ”
Alphonse Daudet,
Contes de lundi
(1892)
“ Mais le plus amusant de tout, c'était encore les parties de bouchon, ce fameux jeu de galoche que les mobiles bretons avaient mis à la mode pendant le siège. Quand le petit Stenne n'était pas au rempart ni aux boulangeries, vous étiez sûr de le trouver à la partie de galoche de la place du Château-d'Eau. Lui ne jouait pas, bien entendu; il faut trop d'argent. Il se contentait de regarder les joueurs avec des yeux! ”
Ludovic Hébert Beauvoir, Voyage autour du monde : Australie (1869)
“ Montés sur de bons chevaux pris au laço hier soir, nous galopons gaiement dans la plaine, en faisant le coup de fusil de temps à autre. Ces chevaux, que la bride gêne singulièrement, galopent un peu à l'aventure, sans fers aux pieds, ni avoine dans l'estomac; quand il leur prend des envies subites de rejoindre les troupeaux nomades de leurs frères, rien ne jes arrête.! et, comme les poulains de nos prés, ils partent la tête haute et hennissent follement, en sautant d'une manière incroyable par-dessus les broussailles et les troncs d'arbres amoncelés. ”
Charles Guénot, Le Comte de Saint-Yon, ou les Cachots de Plessis-les-Tours… (1868)
“ Parfois, le galop des chevaux faisait fuir un daim, blotti sur la lisière d'un bois, ou quelque lièvre matinal. Le ciel, jusque-là brumeux, s'éclaircit et les rayons de soleil, perçant les nuages, réchauffèrent la nature.. ”
Pierre-Jacques-René Denne-Baron, Poésies diverses
“ Commence ; mes chevreaux tondent les bois naissans : L’écho n’est point muet ; il redira nos chants. Jeunes nymphes des eaux, vous, nymphes des bocages, Vous ne parûtes point ; quels antres, quels ombrages, Ou quels bords reculés eûtes-vous pour séjour Quand Gallus périssait par un indigne amour ? ”
Léon Guérin, Promenades au Jardin des plantes (1850)
“ Lorsqu'ils les ont ainsi fatiguées pendant un ou deux jours, ils prennent leur moment, fondent sur elles au grand galop, en les menant contre le vent autant qu'il est possible, et les tuent à coups de bâton, pour que leur sang ne gâte pas le beau blanc de leurs plumes. ”
Paul Arène,
Paris ingénu
(1882)
“ Aussi s'en est-il donné, le gaillard! De l'aube à huit heures, en chapeau de paille et en sabots, il pioche, il plante, éprouvant du plaisir, paraît-il, à faire des trous dans la terre ; puis il va à son bureau, rentre, se couche à l'heure des poules, puis s'éveille avec les coqs pour prendre la pioche et recommencer. ”
“ Découpe en grimaçant un profil d’animal. La brute qui végète au fond de l’âme, impose Au galbe lentement son rictus bestial ; L’être humain se dissout et se métamorphose En chien, en bouc, en porc, en hyène, en chacal. ”
