“ On n’en parla plus. Tous quatre, flânant, semblaient tenir la largeur du boulevard des Invalides. C’était l’expansion habituelle, la bande peu à peu accrue des camarades racolés en chemin, la marche libre d’une horde partie en guerre. Ces gaillards, avec la belle carrure de leurs vingt ans, prenaient possession du pavé. ”
Boulevard des Invalides
Définition et enjeux
Citations sur “Boulevard des Invalides”
Edward Jefford, Paris pour tous (1919)
“ A votre droite, sur le Boulevard des Invalides, vis à vis des Invalides, vous voyez l'hôtel Biron, ancien couvent du Sacré-Coeur, que l'on est en train d'aménager en musée pour y exposer les oeuvres de Rodin que le maître a léguées à l'État. Descendant vers la Seine, vous passez la Gare des Invalides ; l'installation souterraine de ses quais lui a permis de n'avoir que peu d'élévation au dessus du niveau de l'esplanade de manière à ne pas masquer la vue entre les Invalides et les Champs-Élysées. ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
“ Ce fut alors une mêlée épouvantable; on entendit des rugissements, des imprécations, des éclats de rire qui n'avaient plus rien d'humain.Le tumulte fut tout à coup porté à son comble par deux nouveaux incidents.La voiture renfermant les condamnées, accompagnée de son escorte de cavalerie, parut au loin à l'angle du boulevard; alors toute cette populace se rua dans cette direction en poussant un hurlement de satisfaction féroce.À ce moment aussi la foule fut rejointe par un courrier venant du boulevard des Invalides et se dirigeant au galop vers la barrière de Charenton. ”
Arthur de Guilloteau Grandeffe, Mobiles et volontaires de la Seine pendant la guerre et les deux sièges (1871)
“ Comme on était tranquille aux Invalides ! Il semblait à nous voir que le siége de Paris fût levé et la guerre finie. Nos moblots passaient de grasses matinées dans leurs familles. On en était encore au beau temps des gigots de mouton et des poulets. Quels déjeuners on faisait dans les cafés du quartier en allant à l'appel du matin aux Invalides 1 J'ai tort de dire les Invalides, car en réalité notre quartier nouveau et temporaire était situé boulevard de Latour-Maubourg et n'était qu'une annexe des Invalides, reste des constructions éle- vées à l'époque de la grande exposition. ”
“ Et, à mesure que les boulevards défilaient, le boulevard Bonne-Nouvelle après le boulevard Poissonnière, et les autres, le boulevard Saint-Denis, le boulevard Saint-Martin, jusqu’à la place de la République, la misère et la souffrance recommençaient, s’aggravaient, des abandonnés et des affamés, tout le déchet humain poussé à la rue et à la nuit, tandis que, déjà, l’armée des balayeurs apparaissait, pour enlever les ordures de la veille et faire que Paris, se retrouvant en toilette convenable, dès l’aurore, n’eût pas à rougir de tant d’immondices et de tant d’horreurs, entassées en un jour. ”
Henri Bonnet, Revue des Deux Mondes
“ En bas du versant de Paris, dans toutes les petites voies qui partent de la rue de Bolivar et aboutissent au boulevard de la Villette, réside une population très mêlée. A côté des employés du dépôt des Omnibus, des raffineurs, des débardeurs, ont trouvé place, surtout vers les rues Asselin et Monjol, dans des hôtels qui rappellent les plus mauvais lieux du dix-huitième et du treizième arrondissement, des individus sans profession, sans métier, dangereux et paresseux, qui ont valu aux boulevards extérieurs leur mauvais et légitime renom. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
“ Elle possède la place et l’avenue de l’Opéra, la rue Richelieu, la rue du Croissant, la rue Montmartre et le faubourg Montmartre, la rue du Helder et la rue Drouot, la rue Réaumur et la rue Lafayette. Sur le Boulevard elle est dans ses murailles. C’est là qu’elle se retranche et se concerte. Le reste de la ville n’est que son champ d’action ; le Boulevard est sa forteresse. ”
Pierre Sales, Le sergent Renaud: Aventures parisiennes
“ Dans toutes les rues comprises entre le boulevard Sébastopol, la rue Saint-Antoine et les grands boulevards, un étranger serait certainement effaré, assourdi, par le fracas des camions, le grondement des fabriques, le bourdonnement si spécial de ce quartier du travail, et surtout par le mouvement fiévreux de cette population parisienne, serrée, grouillante, pressée, et joyeuse malgré tout. ”
Prosper-Olivier Lissagaray,
Les Huit journées de mai
(1871)
“ Dans cette place immense et déserte, la main invisible de la mort s'abattit sur chaque pavé. Derrière la barricade de l'entrée du boulevard Voltaire, les gardes nationaux recevaient vaillamment l'avalanche des obus et des balles, du boulevard Magenta, du boulevard SaintMartin, de la rue Turbigo. Que de gens sont appelés héros, qui n'ont jamais montré la centième partie de ce courage ignoré, sans témoin, qui surgit pendant ces journées en mille endroits de Paris ! ”
“ Quoique l’institution des sergents de ville et tout ce qui regarde la police urbaine aient progressé admirablement depuis l’époque où se passe notre histoire, il est certain qu’un acte de violence, commis en plein boulevard, même à ces heures de nuit où le boulevard est un désert, était alors comme aujourd’hui une chose excessive et très rare. ”
Alphonse de Calonne,
Revue des Deux Mondes
“ Une autre occasion est offerte de donner satisfaction aux hommes de goût et aux besoins de la circulation. Depuis quelques années le quartier des Invalides s’est beaucoup développé. Des rues, des boulevards autrefois peu fréquentés se sont peuplés de belles maisons, de riches hôtels et, entre le pont de la Concorde et le pont très étroit des Invalides, il n’existe pas de voie entre les deux rives. Le programme imposait aux concurrens la construction d’un pont très large pour réunir l’Esplanade des Invalides aux Champs-Elysées. ”
“ Il regarda se perdre à l’horizon les trouées de l’avenue de l’Opéra, des rues du Quatre-Septembre et de la Paix, claires encore d’un reste de jour, déjà étoilées d’un fourmillement d’étincelles. Le boulevard traversait la place du torrent de sa circulation, où venaient se heurter les afflux des rues voisines, en de continuels remous, qui faisaient de ce point le gouffre le plus dangereux du monde. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Ce qui me semble le plus beau de Paris c’est le boulevard. Chaque fois que je le traverse, quand j’arrive le matin, j’éprouve aux pieds une contraction galvanique que me donne le trottoir d’asphalte sur lequel, chaque soir, tant de putains font traîner leurs souliers et flotter leur robe bruyante. À l’heure où les becs de gaz brillent dans les glaces, où les couteaux retentissent sur les tables de marbre, j’y vais m’y promenant, paisible, enveloppé de la fumée de mon cigare et regardant à travers les femmes qui passent. C’est là que la prostitution s’étale, c’est là que les yeux brillent ! ”
Zénaïde Fleuriot,
Les mauvais Jours. Notes d'un Bourru sur le siège de Paris…
(1872)
“ Aujourd'hui je longeais le boulevard des Italiens, le roi des boulevards. Je pouvais me croire placé devant un stéréoscope gigantesque à double verre. Par l'un de ces verres j'apercevais cette rue splendide arpentée par tout ce que Paris renferme de riche, d'élégant, de fou, d'éclatant. Le démocratique omnibus se fraye avec peine un passage dans la foule des équipages superbes, il passe en intrus comme passent dans la cohue élégante, parfumée, la simple ouvrière et le rude travailleur qui se trouvent égarés là, on ne sait comment. Quant au pauvre, il n'existe pas. ”
Léon Gozlan,
Le Faubourg mystérieux. Le Vampire du Val de Grâce…
(1861)
“ Encore quelques détails de moeurs et tu comprendras alors, comme nous tous, la scène des Echos qui va se jouer devant toi. On se lève fort tard dans la ville damnée, par la raison qu'on s'y couche fort tard aussi. Quand le Paris de l'autre côté du boulevard Montmartre, du boulevard des Panoramas et du boulevard des Italiens a déjà ses boutiques ouvertes, ses cafés éveillés, sa circulation établie, tout est encore bouclé, barricadé, endormi dans le paresseux quartier Bréda, des Martyrs, Rochechouart, et généralement dans toutes les rues, filles et petites-filles de ces quartiers-là. ”
Alfred Delvau,
Histoire anecdotique des barrières de Paris
(1865)
“ LA BARRIÈRE DE LA SANTÉ Je ne connais pas à Paris de quartier plus désert , malgré son nom fort engageant . Ou les Parisiens connaissent l' antiphrase , & savent que les Furies s' appelaient Euménides , ou ils dédaignent les occasions qui leur sont offertes de se bien porter . Ah ! il y a de l' espace , de l' air , de la solitude par là , entre le Champ des Capucins & le boulevard Saint-Jacques ! Eh bien ! nous n' irons pas ! nous préférons nous entasser , comme harengs en caque , dans les quartiers bruyants & dans les rues malsaines ! ”
Paul d' Ariste, La vie et le monde du boulevard… (1930)
“ A cette époque où une promenade au Bois de Boulogne était considérée comme une chose extravagante , nul doute que le quartier de l' École Militaire n' eût produit l' effet du Sahara auprès de ces boulevardiers dont la vie de chaque jour se passait dans un coin de Paris bien restreint . « Le boulevard n' est pas précisément une promenade promenade dit Bazin , puisqu' on y est affranchi de la consigne : ce n' est pas tout à fait une rue , puisqu' on y est rarement éclaboussé , et que deux piétons peuvent y marcher de front sans se bousculer . » ”
Abel Hermant,
La dernière incarnation de monsieur de Courpière…
(1937)
“ La rue Royale était barrée, la rue d'Anjou transformée en garage d'omnibus de la Préfecture, et le boulevard en état de siège, ni plus ni moins que tout à l'heure l'avenue Gabriel. Je n'avais plus mon porte-respect, mon agent-concierge, et, pour comble, j'étais en habit. Sous la fourrure, on ne voyait, de ma tenue de soirée, que la cravate blanche, mais on voyait le chapeau de haute forme, on le voyait, selon l'expression consacrée, comme le nez au milieu du visage. ”
Jules Janin,
Histoire de la littérature dramatique
“ Vous rappelez-vous les Victimes cloîtrées de ce même Monvel, que l’empereur avait créé membre de l’Institut ? On a voulu à la même époque reprendre les Victimes cloîtrées sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin ; le public des boulevards les a supportées à peine un jour ou deux ; le dégoût en a fait justice, et il faudra de bien cruelles révolutions pour que les Victimes cloîtrées s’emparent même de la plus humble affiche du boulevard. ”
Théodore Vincens, Mémoire sur les moyens d'assainir et d'embellir les quartiers de la rive gauche de la ville de Paris et d'y attirer la population… (1848)
“ Nous donnons la vie à un quartier déshérité, et, d'un autre côté, vous ruinez propriétaires ou marchands. Notre boulevard se trouve naturellement tracé depuis le pont de l'Archevêché jusqu'à la rue Dauphine. Si l'on veut épargner quelque chose, on peut, à la rigueur, ne démolir que la façade de l'hôtel des Monnaies et les deux pavillons de l'Institut. Le dôme reste alors dans l'alignement du quai Malaquais, et notre boulevard peut se terminer à la barrière de la Cunette, et porter la vie dans des quartiers déserts. ”
Joseph Méry,
Une histoire de famille, par Méry
(1856)
“ Cette même bonne Providence veille sur Paris avec un soin tout maternel, et sa vigilance redouble à mesure que les voies de circulation s'encombrent de roues, de chevaux et de piétons. Autre chose promise à l'avenir. Ce que nous voyons aujourd'hui sur nos boulevards ne peut pas durer longtemps; c'est imposer trop de soins à la Providence, gardienne économique du pavé public et du macadam. Choisissez sur le boulevard un point d'observation ; par exemple, l'espace qui sépare le passage Jouffroy du passage des Panoramas. ”
Edmond Spalikowski, Sur les routes normandes (1985)
“ On peut flâner délicieusement sur le Boulevard, dans l'ombre tutélaire qui protège le passant de son bouclier de feuillage contre les flèches de la canicule. A ses pieds, les jardins potagers trouvent au cuvelage des anciens fossés la terre nourricière qui favorise l'orgueil des choux et des poireaux. Le regard s'amuse du déhanchement des murs et des toits, et la tour d'angle découronnée qui n'inspire plus aucune idée guerrière, étonne comme un anachronisme dans ce décor bucolique. Le spectacle de la rue n'y est pas non plus banal et sans valeur. ”
Ernest d' Orllanges, Les Nuits parisiennes. Poésies naturalistes par Ernest d'Orllanges (1883)
“ Le boulevard où l'on rencontre gens honnêtes, escrocs, filous, où le pauvre fait votre montre pendant qu'on lui donne deux sous ; Où l'on voit les filles de joie raccrocher les passants cossus, où la grande dame coudoie les petits bourgeois bien pansus. ”
Charles-Louis Philippe,
Marie Donadieu
“ Il y a les petites rues où l’on a moins peur, il y a le boulevard Saint-Michel où l’on trouve plus d’occasions. Les hommes vous entourent, puis tourbillonnent : on croirait que les hommes s’engouffrent dans vos jupes. ”
Armand Carrel,
Oeuvres de P.-L. Courier. précédées de sa vie
(1845)
“ Le boulevard est plein de caricatures, toutes contre le peuple. On le représente grossier, débauché, crapuleux, semblable à la cour, mais en laid. Afin de le corrompre, on le peint corrompu. L'adultère est le sujet ordinaire de ces estampes. ”
Alexandre Dumas,
Paris et les parisiens au XIXe siècle…
(1856)
“ Du reste, le Boulevard accepte tout : il sait bien qu'il n'a pas le droit d'être difficile; pourvu qu'on ait des gants frais, des bottes vernies et un chapeau neuf, pourvu qu'on reluise et qu'on brille, on a droit de cité dans cette petite ville cancanière et médisante, où vous serez bientôt connu de l'œil et salué de la main. ”
Louis d' Ormoy, Histoire de Paris en 1848, d'après les publications officielles…
“ En quelques minutes, toute cette partie du boulevard est déserte; il ne reste plus sur le pavé, inondé de sang, que de nombreuses victimes, les unes déjà roidies sous l'étreinte subite de la mort, les autres s'agitant avec des cris lamentables pour implorer pitié et secours. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Là, on se trouve en face d’un pâté formé de quatre barricades. Deux d’entre elles ferment les deux côtés du boulevard intérieur et extérieur. La troisième barre l’entrée de la rue Mouffetard. La quatrième, la plus forte de toutes, couvre la barrière ; elle protège les insurgés réunis en nombre considérable sur les routes de Choisy et d’Italie, et qui occupent les bâtiments de l’octroi et le corps de garde. ”
Maxime Vuillaume,
Mes cahiers rouges au temps de la Commune
(1900)
“ Après avoir suivi la rue de la Roquette jusqu’au Père-Lachaise, et longé ensuite le boulevard de Ménilmontant, on s’engagea dans la rue des Amandiers, étroite, bordée de maisons grises, avec des échappées sur le Paris des faubourgs, vitrages d’ateliers pauvres, cheminées d’usines, jardins entourés de murs galeux.114Malgré l’heure matinale, des fédérés, des femmes, des gamins, sont sur le pas des portes, à l’entrée des allées.On dévisage le prisonnier, dont la tenue correcte, l’attitude sévère, augmentent la curiosité. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ On vit rouler le long des boulevards une foule grondante de jeunes gens auxquels se mêlèrent, dans la rue Saint-Antoine, tous ces ouvriers que la misère tient sans cesse à la disposition de l’imprévu. ”
Ludovic Halévy,
Les petites Cardinal
(1880)
“ Je retourne à ma petite fenêtre. L'aspect de la rue et du boulevard avait changé. Dans la rue, devant la mairie, une centaine de sergents de ville. Parmi eux, deux tambours de la garde de Paris et un commissaire de police, l'écharpe en sautoir. Sur le boulevard, des rassemblements considérables. A l'entrée de la rue Drouot, les sergents de ville regardent les rassemblements, et les rassemblements regardent les sergents de ville. ”
Victor Fournel,
Esquisses et croquis parisiens…
(1876-1879)
“ En ont-ils entendu, les pauvres arbres du boulevard, de ces conversations fièvreuses, entrecoupées, électriques, où tous les drames que charrie dans son cours bruyant la vie parisienne s'expriment dans l'argot bizarre du vaudeville et de l'opérette, et qui rendraient fou un habitant de la rue Cassette ! Aussi ils en maigrissent et en deviennent chauves. La vie ne commence pas au boulevard avant midi; elle n'y cesse guère avant deux heures du matin. Dans l'intervalle, c'est un quartier comme un autre, peut-être plus triste qu'un autre. ”
Félix Lazare, Louis Lazare , Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments
“ Commence à l’avenue de la Motte-Picquet, no 19 ; finit au boulevart des Invalides, no 2. Le dernier impair est 7 ; le dernier pair, 6. Sa longueur est de 601 m. — 10e arrondissement, quartier des Invalides. La partie qui longe l’hôtel royal des Invalides fut tracée vers 1680 ; le surplus n’a été formé qu’en 1780. ”
Gaston Leroux,
Le Parfum de la dame en noir
“ Les courtines anciennes qui rejoignaient les tours avaient été rasées et étaient remplacées par une sorte de boulevard circulaire vers lequel on montait de l’intérieur de la baille par des rampes assez douces. Ces boulevards étaient encore couronnés d’un parapet percé de meurtrières pour les petites pièces. Car cette transformation avait eu lieu au XVe siècle, dans le moment où tout châtelain devait commencer à compter sérieusement avec l’artillerie. ”
