“ Pleine de bourbe et de marais, Où toujours il règne un peu d’ombre, Où le jour ne luit qu’à regrets, Il est une mare fangeuse ; Quelques roseaux croissent au bord, Et, sur sa rive dangereuse, Le sol mouvant cache la mort. ”
Bourbe
Définition et enjeux
Citations sur la bourbe
Jean-Baptiste-Geneviève-Marcellin Bory de Saint-Vincent, Atlas encyclopédique contenant les cartes et les planches relatives à la géographie physique… (1827)
“ Les habitans de ces parties de l'intérieur des terres où ne coulent que des ruisseaux, des rivières peu profondes, de claires fontaines ou des fleuves surchargés de bourbe, qui voient la Mer pour la première fois, admirent la nuance d'un vert plus ou moins pur et brillant qui lui paroît propre le long du rivage. ”
Ernest Feydeau,
Les Aventures du Baron de Féreste…
(1869)
“ La bourbe que feront lever les pieds de votre cheval, avec son odeur fade, pleine qu'elle est de végétaux décomposés, vous donnera des vertiges et des nausées. Les moustiques, s'élevant par essaims des térébinthes de la rive, vous harcèleront avec rage, pendant que la réverbération du soleil sur la surface de l'eau morte, vous aveuglera. ”
Victor Hugo,
Châtiments
(1872)
“ On approche et longtemps on reste l'oeil fixé Sur ce tas monstrueux, dans la bourbe enfoncé , Jeté là par un trou redouté des ivrognes, Sans pouvoir distinguer si ces mornes charognes Ont une forme encor visible en leurs débris, Et sont des chiens crevés ou des césars pourris. ”
Georges-Louis Leclerc de Buffon,
Œuvres complètes de Buffon, éd…
“ Il est bien prouvé dit l’historien de l’Académie, que toutes les pierres ont été une pâte molle, et, comme il y a des carrières presque partout, la surface de la terre a donc été dans tous ces lieux, du moins jusqu’à une certaine profondeur, une vase et une bourbe ”
Sully Prudhomme,
Œuvres de Sully Prudhomme/Poésies 1865-1866
“ J’entends le bruit égal des eaux ; Le feuillage, humble et que nul vent ne berce, Se penche et brille en pleurant sous l’averse ; Le deuil de l’air afflige les oiseaux. La bourbe monte et trouble la fontaine, Et le sentier montre à nu ses cailloux. Le sable fume, embaume et devient roux ; L’onde à grands flots le sillonne et l’entraîne. Tout l’horizon n’est qu’un blême rideau ; La vitre tinte et ruisselle de gouttes ; Sur le pavé sonore et bleu des routes Il saute et luit des étincelles d’eau. Le long d’un mur, un chien morne à leur piste, Trottent, mouillés, de grands bœufs en retard ; ”
Joris-Karl Huysmans,
Marthe, histoire d’une fille
“ L’amour peureux, l’amour ne vivant que de brutalités et d’injures, le système nerveux bandé à l’excès et ne se détendant que sous le poids de la douleur physique, les joies de la bourbe, cette haine attendrie que l’on porte au mâle qui vous fouaille, les révoltes furieuses contre le servage, cette allégresse à frapper son dompteur, quitte à se faire écraser par lui, rendirent Marthe presque folle. ”
Eugène Muller, La forêt : son histoire, sa légende… (1878)
“ Au surplus ce travail d'assainissement que la forêt houillère opéra, en agissant d'une manière générale sur une atmosphère irrespirable pour la race dont l'homme est l'ultime représentant, la forêt actuelle le fait encore, ou le saurait faire là où des miasmes s'exhalent des bourbes dues aux eaux croupissantes. ”
Charles Martins, Revue des Deux Mondes
“ Les branches pendantes des bouleaux et des aunes qui couronnent le rocher, les racines tortueuses qui sortent des fissures et semblent chercher dans l’air l’aliment que la pierre leur refuse, les lichens et les mousses vertes, ornemens du rocher, comme la barbe au menton d’un vieillard, l’ombre profonde de la grotte, tandis que la rivière et les montagnes brillent aux feux du soleil, tout excite notre enthousiasme d’artiste, et chacun se promet de revenir le lendemain avec ses toiles et ses pinceaux. ”
“ Des nuages cuivrés, rougis par le couchant, voguent lentement au-dessus de la forêt, et se reflètent dans le courant d’un petit ruisseau d’eau vive, qui, traversant les ruines de l’abbaye, prend sa source plus loin, au milieu d’une masse de roches. ”
H. Desprez, Revue des Deux Mondes
“ De loin en loin, des tertres dus à la main de l’homme et destinés sans doute à marquer des sépultures d’une époque reculée, quelques puits à bec de grue placés sur la route par l’hospitalité prévoyante, puis, au milieu de cette plaine et jusqu’au bout de l’horizon, un long ruban de terre grasse et noire qui indique le chemin battu, voilà toutes les traces humaines que vous découvrez durant une laborieuse journée de marche. ”
“ On découvroit de cette terrasse excessivement élevée un sombre et lugubre paysage: au midi et à l’est, une plaine infinie, noire et rouge; noire à l’endroit des tourbières, rouge à l’endroit des bogs; peu d’arbres, des genêts et des bruyères et quelques huttes informes à demi enterrées.—Au nord et à l’ouest des chaînes de rochers chauves, semblant de hautes murailles ébréchées par la foudre, bordoient l’horizon; çà et là des ruines de tours, d’églises et de monastères, charmoient le regard et plongeoient l’âme dans le passé. ”
Robert Honnert,
Les portes du monde
“ Comme une berge au soir est soeur d'une autre berge Et qu'un semblable feu, dans une même auberge, Met de pareils reflets aux creux du torée nu La rame est là, brillante, et d'eau froide trempée, Et fiers, voyant frémir la feuille et la forêt Nous courbons dans le vent notre corps toujours prêt, En qui déjà se tait l'âme toujours trompée. ”
André Lefèvre, Les merveilles de l'architecture (1870)
“ Dans les massifs d'arbres sont de nombreux bosquets, tous différents de forme et de grandeur; parmi la verdure, dans les allées, aux bords des eaux, répandues avec profusion en fontaines, en bassins, en jets d'eau riches et variés, brillent en nombre immense les statues, les groupes, les vases et les vasques en marbre et en bronze. ”
“ Beaux arbres ! à l’ombre desquels s’étaient couchés François Ier et madame d’Étampes, Henri II et Diane de Poitiers, Henri IV et Gabrielle, vous aviez le droit de croire qu’un Bourbon vous respecterait ; que vous vivriez votre longue vie de hêtres et de chênes ; que les oiseaux chanteraient sur vos branches mortes et dépouillées, comme ils chantaient sur vos branches vertes et feuillues ! Mais, outre ce prix inestimable de poésie et de souvenirs, vous aviez malheureusement un prix matériel, beaux hêtres à l’enveloppe polie et argentée, beaux chênes à l’écorce sombre et rugueuse ! ”
François Chatelain, Beautés de la poésie anglaise
“ Et le vent froid sévit de son souffle sonore Et de la plaine au mont jette ses cris confus. Cependant que la feuille est fanée et puis tombe ; L’arbre qui la porta de nouveau devient nu ; Tout retourne à la terre, en cette vaste tombe ”
Louis Étienne, Une nouvelle forme de poésie dramatique en Angleterre…
“ Tous les animaux de la plaine ont renversé la barrière qui protégeait la source pure; ils ont si bien piétiné dans le cristal de cette eau qu’ils en ont fait une boue dans laquelle le ciel ne pouvait plus refléter son image. ”
Pierre Lasserre,
Renan et nous
(1923)
“ Les villages, les bois, les cultures, les jardins, les cours d'eau, les chemins ombreux, d'où les vallées reçoivent leur vie et leur grâce, s'estompent dans l'enveloppement d'une brume ensoleillée. Du fleuve, on n'aperçoit que de grandes nappes d'eau qui s'étalent de loin en loin et paraissent immobiles. ”
Francis Vielé-Griffin,
La lumière de Grèce : Pindare…
(1912)
“ Sous l'Ombre — submergeant, terrasses sur terrasses, le vaste étagement des rochers qu'elle atteint — la plaine, la forêt furtive — là-haut, les cèdres — se groupent et se massent ; les cent visages de sourire s'effacent : le monde s'unifie dans les ténèbres !... ”
Théodore Pavie,
Revue des Deux Mondes
“ Dans le bois, sur la berge à pic du Bras sec, le bruit monotone, mais captivant du torrent qui gronde invisible dans l’abîme à vos pieds, la solitude et le silence, et l’ombre profonde des arbres, et les exhalaisons de la forêt, tout concourt à endormir l’ame et à la distraire du sentiment de l’existence. ”
Max Claudet,
Souvenirs. Gustave Courbet ; par Max Claudet
(1878)
“ Que l'on s'imagine un gigantesque rocher à pic, aux couleurs variées, surmonté d'une forêt. A une certaine hauteur s'ouvre une excavation profonde comme une voûte d'église et soutenue comme elle par des piliers ”
Anatole Paroissien, La galerie Vasnier, à Reims (1909)
“ De beaux arbres aux tons variés, formant rideau, masquent la limite d'une plaine au delà de laquelle s'étend la ligne d'horizon de la forêt. Un ciel, fin, dont. la lumière tamisée donne aux choses une grande précision, déploie sa vaste étendue. Dans ce paysage tranquille on sent que la fureur des bourrasques a passé ”
“ En nous retenant aux petits mélèses qui croissaient dans la roche, nous pûmes examiner la broche que faisait cette eau en se précipitant, et les couches dénudées nous permirent de nous assurer qu’il y avait là une belle épaisseur de terre de bruyère reposant sur le roc compacte et inexpugnable. ”
Adolphe Retté,
La maison en ordre
(1923)
“ Nous entrerons dans la forêt pour apprendre des vieux chênes rugueux, des hêtres à l’écorce lisse, des pins aux rameaux gracieusement alternés, des bouleaux sveltes, l’art des proportions harmonieuses. Nous nous enfoncerons, sans nous inquiéter du retour, sous les futaies séculaires, pleines d’une brume sacrée où résident nos dieux. Le murmure éolien des hauts feuillages bercera notre extase. ”
Charles de Bordeu,
La Terre de Béarn...
(1922)
“ Un jour que je jouais dans les ruines , je pensai sauter en un trou carré , profond d' un mètre à peine , semblait -il , car des lianes et des broussailles fort entremêlées figuraient un tapis épais couvrant la terre . Une religieuse qui était avec nous poussa un tel cri que , d' instinct , ma mère , me jetant ses bras au corps , m' arrêta suspendu ... Ce trou n' était rien d' autre qu' un puits , qu' on avait autrefois creusé dans la montagne et la roche , jusqu' au lit du Gave , assurait -on , afin que le château , dans les sièges , ne fût point forcé à reddition par le manque d' eau . ”
Edmond Estève, Leconte de Lisle : l’homme et l’œuvre
“ On n’y trouve point les longues ravines qui fendent Bourbon des forêts à la mer, et qui, dans la saison des pluies, roulent avec un bruit immense d’irrésistibles torrents et des masses de rochers dont le poids est incalculable. ”
“ Que les plus beaux rochers sortent par intervalles. N’interromprez-vous point ces masses trop égales ? Cachez ou découvrez, variez à la fois Les bois par les rochers, les rochers par les bois. N’avez-vous pas encor, pour former leur parure, Des arbustes rampants l’errante chevelure ? J’aime à voir ces rameaux, ces souples rejetons, Sur leurs arides flancs serpenter en festons. J’aime à voir leur front chauve et leur tête sauvage Se coiffer de verdure, et s’entourer d’ombrage. C’est peu. Parmi ces rocs un vallon précieux, Un terrain moins ingrat vient-il rire à vos yeux ? ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Théâtre de Goethe
“ La forêt se balance, les rochers pèsent alentour, les racines se cramponnent, tige contre tige s’élève ; flots sur flots jaillissent ; la grotte profonde nous abrite ; les lions rampent, muets et caressants, autour de nous : ils respectent le lieu consacré, le saint asile de l’amour. ”
Gustave Le Vavasseur,
Poésies complètes
“ Tronqués et plus moussus que de vieilles murailles, Emmantelés de lierre et hérissés de houx. Vieux serviteurs bourrus. Le plus rugueux de tous, C’est Jean, mon bûcheron. Cet homme sans entrailles Surveille les halliers et sonde les broussailles : Monsieur, ce chêne est mort ; quand donc l’abattrons-nous ? ”
Hippolyte Taine,
Voyage aux Pyrénées
“ La berge est couverte d’herbes penchées; on ne voit que la verdure fraîche et les flots sombres. C’est là qu’à midi se réfugient les promeneurs; sur les flancs de la vallée serpentent des routes poudreuses où courent des voitures et des cavalcades. ”
Léon Cladel,
Le Parnasse contemporain/1869
“ Pas d’air ; à l’horizon d’immenses prés, dont l’herbe Ourlait une forêt immobile & superbe ; Un grand fleuve arrêté, comme s’il était las, Réverbérant du ciel les splendides éclats ; Et plus loin, dévoré par les baisers de l’astre, Un mont, dans la lumière ; un mont, tel qu’un pilastre ”
Édouard Grimard, La plante : botanique simplifiée (1871)
“ Il est partout : du fond des puits, des mines, des égouts et des carrières, du fond des cuves à vendange comme du sein de la montagne de craie ou de marbre, du coquillage, du bois mort, de l'herbe qui se décompose ou du cadavre qui se putréfie, il s'élève éternel, inépuisable. ”
Clémence Robert,
Les Voleurs du Pont-Neuf, par Clémence Robert
(1883)
“ A droite du parterre et à la suite d'une autre grande pièce d'eau, aux bords découpés en festons et veloutés de gazon, se déroulaient des quinconces, des bosquets, des taillis gracieux, sillonnés d'étroits sentiers, semés de grottes et de petits temples cachés sous l'ombre. ”
Harriet Beecher Stowe,
La Case de l’oncle Tom
(1872)
“ Avec le temps et les pluies, gazons et terres disparaissent, les troncs voyagent çà et là, s'arrêtent dans des postures pittoresques, un bout en l'air, l'autre en bas, ou bien faisant la croix, et laissant entre eux de vastes ornières, abîmes pleins d'une boue noire et liquide. ”
Jean Baptiste Horemans, Marie, ou Piété et résignation (1843)
“ Le murmure monotone de la rivière qui coule au pied du granit, les arbustes sauvages qui croissent çà et là autour de la petite chapelle et le manque d'habitations à plus d'une demi-lieue à la ronde, tout enfin rend le paysage triste et sauvage. ”
Henri Blaze de Bury,
Poésies complètes de Henri Blaze
(1842)
“ « Dans le jardin, la plaine, au bord des sources vives, « Maudit enfin partout où tu mettras le pié, « Toi qui, voyant gémir toutes les fleurs plaintives, ,1 En ta propre grandeur ainsi t'es oublié! Il Tu parlais de nuage et de pluie en ton rêve, II Tu parlais de rosée, arbre du Golgotha; « Aujourd'hui la rosée est de sang, en voilà; Il Qu'il baigne tes rameaux et se mêle à ta sève ! « Misérable insensé ! qui rêves de ciel bleu , « De pluie et de rosée et de vives fontaines, « Quand le sang de Jésus ruisselle dans les plaines, » Quand l'univers assiste à la mort de son Dieu ”
Frédéric Monneron, Poésies de Frédéric Monneron
“ Quand l’aube sur les rocs monte pâle et timide, Et du lointain clocher blanchit la pyramide, À l’heure où solitaire un cheval montagnard Broute sa touffe d’herbe au dessus du brouillard, Et fait crier ses fers sur la roche esquilleuse...... À toute heure, en tout lieu, mon ame soucieuse Poursuit d’autres tableaux, n’aime à s’entretenir Que de graves pensers et de jours à venir. ”
A Taponier, Bavière et Tyrol : notes sur l'Allemagne du Sud (1892)
“ Les murs se dressent encore comme d'immenses paravents, et sur les plus hautes pierres aussi bien qu'à l'intérieur, poussent à l'envi des fleurs, des herbes folles, des arbustes, toute une flore énergique et sauvage, la flore des ruines. ”
“ Elles descendent brusques, coupent d’un coup de leurs ailes la muraille de pierre, elles rasent le taillis épais, le chêne découpé sur l’horizon et, vers les nuages qui voguent, vaisseaux gris sur le ciel, elles montent, elles montent, à l’infini. ”
Eugène Poitou, Voyage en Espagne (1869)
“ Au delà de cette grotte sauvage et pittoresque, se déploie devant vous un riant paysage, formé de jolies vallées remplies d'une végétation vigoureuse. A chaque pas se montrent au penchant des collines, au bord des rivières, de petites villes, de nombreux villages aux maisons brunes, aux toitures sombres, avec des clochers en forme de tours. La terre est habilement cultivée; les arbres reparaissent; les chênes couvrent les parties hautes; les arbres fruitiers couvrent les premières pentes et remplissent les vallées. ”
Charles de Bordeu,
La Terre de Béarn...
(1922)
“ Il est signifié plus précisément par ce clocher et ces vieilles tombes qui s' enlisent dans la terre et l' oubli , entre les murailles de ma vallée ... Le ciel aussi , sur elle , est immuable et changeant . Et ce soir d' été est pareil à tant d' autres , qui décline si doucement avec la terre , vers son crépuscule étoilé ... Grandeur et maternité de la terre ! J' y suis avec les miens comme en un gîte , ainsi qu' en un berceau mystérieux ... Au loin , je vois les roches d' Arudy qui délimitent les champs du village à l' ouverture du val . ”
Edmond Courbaud, Revue des Deux Mondes
“ Quelle ardeur passionnée, passion contenue mais frémissante, il apporte à célébrer les grottes rustiques., les eaux vives, les vertes vallées où mugissent les bœufs, et le sommeil sous un arbre, dans les champs ! ”
Claude-François Denecourt,
L'indicateur de Fontainebleau…
(1874)
“ Cette base, composée de formidables rochers, est l'une des plus imposantes murailles cyclopéennes de notre forêt. En la contournant, nous dominons, à notre droite à travers les arbres, de profondes et sauvages solitudes. Après deux minutes de marche entre ces grands rochers et ces profondeurs non moins saisissantes, en ayant négligé à notre gauche un passage étroit, nous dominerons une autre vallée rocheuse, d'un aspect moins sombre et plus pittoresque. ”
